Immigration, insécurité, et lapsus hier à l’Assemblée nationale… : il est urgent que Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, qui raconte n’importe quoi et se prend les pieds en permanence dans le tapis élyséen usé jusqu’à la corde lepéniste, se mette rapidement en congé de maladie.
Il a en effet atteint son acmé (mal policée).
Et tant pis pour la réduction de ses « indemnités journalières » pendant cette douloureuse interruption de travail qui nous permettrait de respirer, pendant quelque temps, un air moins vicié.
(lemonde.fr du 29.11.11. Le tag a été rajouté. Agrandir l’image capturée.)
Ce qui fait particulièrement plaisir dans Tous au Larzac, le film percutant de Christian Rouaud (réalisateur d’un documentaire sur la lutte des « Lip » en 2007), sorti mercredi dernier, c’est de ressentir la force de conviction qui émane des interviewés actuels, qui revoient leur engagement dans la lutte contre l’extension du camp militaire jusqu’au soir de l’annonce de la victoire de François Mitterrand, le 10 mai 1981, qui avait fait une incursion sur leur terre avant d’être élu et qui fut bombardé de quelques cailloux (notamment par un membre des Renseignements généraux !) lors de sa venue sur place.
Ce qui captive, c’est le lien étroit tissé entre le passé de ce combat qui semblait perdu d’avance – des paysans contre des militaires, des brebis contre des jeeps, des tracteurs contre des gendarmes mobiles, des chars et des canons – et la « formidable lutte de David contre Goliath », volonté intacte, toujours présente, de ne pas se laisser écraser par un Etat dont l’apparente puissance se dissimule derrière l’anonymat du prétendu bien public.
Ce qui émeut, ce sont ces femmes, ces hommes (avec leurs enfants) qui ont décidé un jour qu’on ne les expulserait pas du lieu où ils sont nés (un attentat fit même sauter une ferme, l’enquête aboutit à un non-lieu…), où ils avaient vécu, travaillé, s’étaient aimés, avaient fondé une famille et créé leur propre vie, et qui s’en souviennent, parfois les larmes aux yeux. Le risque-tout José Bové (celui plus tard du « démontage » du McDonald’s de Millau) analyse avec une grande finesse les stratégies mises en œuvre à l’époque (après qu’on lui a retiré ses droits civiques) et démontre la véritable dimension « écologique » qu’il a manifestée jusque dans sa lutte contre la firme Monsanto et qu’il poursuit dans son combat d’altermondialiste intransigeant.
Ce qui marque, ce sont les formules : la construction sauvage de la bergerie, « une manif en dur ! », « la fraternité des paysans et des usines », les inscriptions de l’époque : « Servir le peuple » (maos), « Ici et maintenant », les réflexions : « une extrême innocence » (José Bové), « En 73, 60 000 personnes sont venues puis sont rentrées chez elles et ont fait boule de neige »… « La légitimité l’a emporté sur la légalité » (José Bové), « on ne voyait plus le matin que des sacs de couchage orange ou bleus » remarque un interviewé, « le Larzac était devenu comme le Woodstock français, mais un Woodstock politique » dit aussi José Bové (phrases notées à l’aveuglette dans le noir du MK2 Beaubourg sur mon petit carnet), tout cela grâce à la détermination farouche des 103 résistants, appellation d’origine contrôlée.
Ce qui retient l’attention et provoque l’admiration, c’est, enfin, la manière élégante (on pense au Raymond Depardon de Profils paysans, la vie moderne, 2008) dont Christian Rouaud a su, en plus des documents d’époque montés avec talent, filmer et déployer, grâce à des mouvements de caméra qui fixent ou élèvent le point de vue, la beauté du plateau du Larzac – un chant d’honneur – tel qu’il apparaît maintenant, avec le soleil et les nuages dont les ombres courent soudain sur les champs couchés et les fermes de pierres debout, le vent qui fait frissonner la mer du blé en herbe, l’immensité du paysage comme soudain libéré et apaisé sous un ciel redevenu d’un bleu tout pur.
Le 10 septembre 2000, Jean-Michel Maulpoix avait écrit un article sur le Mont-Noir et la Villa où vécut Marguerite Yourcenar, et je ne devais le trouver que plus tard après avoir publié cette chronique, il y a déjà longtemps (mise en page : François Bon).
Mais les ans n’ont pas brouillé les pistes et il est toujours aussi facile, depuis Bailleul (Nord) – où se dresse une sculpture de l’auteur d’Archives du Nord – d’aller jusqu’au parc, distant d’une dizaine de kilomètres, où des écrivains (comme, par exemple, Marc Pautrel) peuvent « résider » de un à deux mois et disposer alors de ce merveilleux balcon en forêt.
Dimanche après-midi, quelques promeneurs arpentaient les sentiers, le soleil perçait au travers des arbres : sans doute était-ce le même que Marguerite Yourcenar avait regardé en face.
Quand le pont tournant de la rue de la Grange-aux-Belles – pouvait-on inventer plus joli nom dans ces parages ? – se met en travers, les piétons doivent gravir la passerelle qui survole à cet endroit le canal Saint-Martin : ils peuvent jouir alors d’une vue plongeante comme celle donnée par une caméra montée sur grue.
Où est-il passé ? Où s’est-il enfui, l’enfant qui conduisait la voiture, qui découvrait l’autonomie automobile, tournant le volant à gauche et allant dans cette direction comme par magie, braquant à droite et changeant de perspective. Où s’est-il envolé, peut-être dans un avion de manège, ou un hélicoptère, survolant alors les autres véhicules accrochés au plancher des vaches, incapables de décoller et de prendre un peu de hauteur par rapport aux parents laissés à terre ?
Où loge-t-il maintenant, puisqu’il n’est plus là, et son véhicule se languit de lui, il est vide, inoccupé, inaccoutumé, vague, personne pour le guider et le faire sortir hors de sa cage vitrée, sur le trottoir, sur le boulevard (pourquoi n’a-t-on pas prévu des couloirs spéciaux pour les voitures à pédales ?).
Il est devenu transparent comme ces mannequins qui miment l’existence vêtue d’apparats.
Un jour, le petit garçon (il lui est même arrivé de céder la place du conducteur à sa sœur) s’est assis dans l’habitacle, dans le cockpit, et il est parti dans le jardin ou la cour, la liberté prenait de la vitesse au fur et à mesure que ses jambes moulinaient, et puis il pouvait décider de son itinéraire tout seul, la vie lui appartient, l’horizon est tout près – c’est le mur en briques là-bas, pas besoin de freiner, il suffit pour s’arrêter de cesser le moindre effort.
Maintenant, la voiture est rangée au garage, au grenier, au magasin, elle fait partie de la vitrine « en cours de réalisation ». Elle stationne sans PV à 17 euros, elle signe une époque disparue (les jeux vidéos sont plus rapides !), sa nostalgie se farde de rouge, elle présente un faux air de Ferrari comme celle du coureur Maurice Trintignant (l’oncle de l’acteur profond).
Les vitrines sont souvent des véhicules imaginaires : on croirait presque également s’y apercevoir mais les preux gardiens de l’Etat n’ont pas encore inventé les radars adéquats pour limiter la vitesse des souvenirs qu’elles font défiler à toute allure.
Il avait fallu évidemment établir un devis, mesurer la quantité de meubles, d’objets, de documents à emporter. Ensuite, calculer le nombre de véhicules nécessaires pour entasser et dégager toute la marchandise en une seule journée. Mais, heureusement, concernant les tables et fauteuils, l’occupant des lieux n’avait pas manifesté un goût esthétique particulier et s’était accommodé de ce qui avait été choisi auparavant par ses prédécesseurs.
De toute façon, il restait encore du temps pour mettre la logistique en marche et transbahuter tous les cartons, ce qui représentait l’essentiel du volume. L’important était surtout d’avoir pu remporter l’appel d’offres – un ami dans la place avait pu donner un coup de pouce à notre dossier après la réunion de présentation devant le Secrétariat général – et ce à la barbe des Déménageurs bretons et des gros bras « intellos » (ceux qui se paient une petite annonce dans Libération depuis des années).
Sans conteste, nous nous étions révélés comme le « mieux-disant » parmi les trois candidats. Notre offre était radicale. Mais notre engagement politique ancien dans le parti majoritaire avait-il joué lors de la décision finale ? Seules quelques mauvaises langues et une poignée de jaloux pourraient oser ce rapprochement insultant.
La date de l’opération était simple à retenir : 7 mai 2012. Il restait une Bastille à prendre, nous avions réussi.
(Photo : 22 novembre à Paris, boulevard Beaumarchais, 11e. Cliquer pour doubler.)
On croit y échapper, mais ce n’est pas possible : tous les jours il (se) manifeste, il reprendrait même du poil de la bête, il est présent ici et là, les hebdos – quand ce n’est pas DSK qui lui fait une rude concurrence – l’affichent, il paraît qu’il remonte dans les sondages. Et l’exemple de la victoire de Mariono Rajoy, quelle aubaine espagnole, voilà, ma bonne dame, où nous mènent les « recettes » socialistes !
(Photo prise le 19 novembre à Paris, place de la Bastille. Cliquer pour agrandir.)
Même collé comme une poule sur un mur (mais pas de dos), Nicolas Sarkozy nous poursuit, nous espionne et nous surveille par Claude Guéant interposé ; il sait agiter les thèmes sécuritaires, ce fut d’ailleurs son « job » pendant un certain temps.
(Photo prise le 21 novembre à Paris, bd Beaumarchais. Cliquer pour agrandir.)
Il va donc falloir se remuer sérieusement les méninges, dans les six mois qui restent, et que la gauche rassemblée et non ventriloque (style Mélenchon) énonce des plans d’action crédibles pour faire dégager le populisme à la sauce marinée Le Pen et enfin renvoyer à son ancien cabinet d’avocats le chef de l’Etat actuel.
Après tout, si l’on prend l’exemple des USA, c’est une profession en plein essor.
(Photo prise le 21 novembre à Paris, rue Yves Toudic. Cliquer pour agrandir.)
Après l’Italie et le départ de Berlusconi, l’Espagne et l’arrivée de la droite au pouvoir : le balancier du temps court sur sa lancée débridée. Image = magie, pourrait dire l’anagramme.
Mais la lumière revient
Le plaisir de fumer
L’araignée-fée de la cendre à points bleus et rouges
N’est jamais contente de ses maisons de Mozart
La blessure guérit tout s’ingénie à se faire reconnaître
je parle et sous ton visage tourne le cône d’ombre
qui du fond des mers a appelé les perles
Les paupières les lèvres hument le jour
L’arène se vide
Un des oiseaux en s’envolant
N’a eu garde d’oublier la paille et le fil
A peine si un essaim a trouvé bon de patiner
La flèche part
Une étoile rien qu’une étoile perdue dans la fourrure de la nuit
André Breton, du rêve, New York, octobre 1943 (Signe ascendant, Les Etats généraux, Poésie/Gallimard, 1969, page 74).
(Photos prises samedi à Paris. Cliquer pour zoomer.)