Ce mur est une ardoise géante effacée en permanence, mais aussitôt réinventée, sans qu’un prof en blouse grise (à venir ?) ne donne d’instructions. Une certaine esthétique s’y déploie dans son libre cours et festoie sans complexe.
L’année prochaine exposera au vent, à la pluie, à la neige – qui sait ? – ou au soleil ses créations éphémères et belles parce que cela même.
(Photo : Paris, hier, Pointe Poulmarch, 10e. Cliquer pour agrandir.)
(Photo : la bouger pour graffiter.)
Le Tourne-à-gauche (LTAG) s’interrompt jusqu’à l’année prochaine.
Joyeuses fêtes et meilleurs voeux à tous !
On sait que Xavier Bertrand (voir photo de droite sur la page Wikipédia) cumule les fonctions de ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé – aidé par deux petites mains – avec celle de maire de Saint-Quentin (Aisne).
Ce vibrionnant et infatigable Xavier Bertrand s’est fait remarquer le 21 décembre par une déclaration plutôt volontariste dans le domaine du travail.
(Capture d’écran du monde.fr. Le tag a été rajouté.)
Mais on connaît et apprécie également les capacités du ministre, ancien agent d’assurances, dans le secteur de la santé : la création de la nouvelle Agence du médicament, lundi dernier, arrive à point pour faire oublier – comme le rappelle fort opportunément Marianne – que Jacques Servier, le bonimenteur irresponsable du Mediator, est un ancien client de l’avocat d’affaires Nicolas Sarkozy, avant d’avoir été décoré par le même, une fois parvenu au pouvoir, de la Légion d’honneur (sans doute pour services rendus).
En fidèle serviteur du présidentiel roitelet®, Xavier Bertrand, chef d’orchestre de la grande casse de la Sécurité sociale, a donc très rapidement appris à tirer la « couverture maladie » à lui.
(Photo : Paris le 19 décembre, avenue Richerand, 10e. Cliquer pour agrandir.)
« Comme l’ont écrit des auteurs plus célèbres que moi : « Que le lecteur imagine… » et caetera. En seconde analyse, mieux vaut l’aviver un peu, cette imagination. Je savais que je resterais à tout jamais épris de Lolita ; je savais aussi qu’elle ne resterait pas à tout jamais la même Lolita. Elle aurait treize ans le 1er janvier. Dans deux ans environ, elle cesserait d’être une nymphette pour se changer en « jeune fille », puis, horreur des horreurs, en « étudiante ». Le terme « à tout jamais » qualifie seulement ma passion pour elle, pour la Lolita éternelle qui se reflétait dans mon sang. La Lolita dont les crêtes iliaques ne s’étaient point encore épanouies, la Lolita que je pouvais aujourd’hui toucher et humer et entendre et voir, Lolita à la voix stridente et aux cheveux d’un brun chaud et riche – ondes et franges sur les côtés, boucles sur la nuque – la Lolita au cou brûlant et moite, aux propos argotiques et vulgaires – « débectant », « super chic », « ballot » – telle était cette Lolita, ma Lolita, que le pauvre Catulle perdrait à tout jamais. Comment me résigner à ne pas la voir de tout l’été, durant deux longs mois d’insomnie ? Deux mois entiers sur les deux brèves années de nymphescence qui lui restaient à vivre. Que faire ? »
Vladimir Nabokov, Lolita, Gallimard 1959 (Livre de poche 1966, N° 958-959, page 101).
(scan : cliquer pour un autre aperçu.)
J’ai retrouvé ce livre hier soir, à cause d’une image furtive dans la rue, je l’ai feuilleté, et j’ai repensé aussi au film de Stanley Kubrick (1962).
A l’époque, les ligues de vertu américaines s’étaient déchaînées contre l’adaptation à l’écran, pourtant prudemment remaniée, de l’œuvre de Nabokov : l’art (littérature, cinéma, théâtre, peinture, photographie, sculpture…) attire toujours les foudres des bien-pensants.
Heureusement, ce n’est pas en France, sous le cauteleux potentat culturel de Frédéric Mitterrand, que l’on assisterait, en 2011, à de telles manifestations d’intolérance !
(Photo: Paris, 20 décembre, quai de Valmy, 10e. Cliquer pour agrandir.)
Hier, dix photos parues sur LTAG (deuxième série des Polyphonies à la Klee), alors, une seule ce matin, c’est peut-être suffisant ?
J’en profite pour saluer le 300ème billet de Martine Sonnet (L’Employée aux écritures, présente depuis longtemps dans ma « blogroll ») qui, grâce à son article du 18 décembre, m’a donné l’idée de faire réapparaître – par une sorte d’effet miroir – l’image ci-dessous non publiée sur mon blog.
Cette photo avait en effet été « postée » sur Twitter (car on peut s’y amuser aussi), le 12 décembre dernier, et je craignais ici, pour quelques lecteurs aimables que je connais, un effet de « répétition » peut-être irritant.
Mais la signalisation est de plus en plus présente dans notre vie quotidienne – elle mérite donc d’être mise en valeur de manière pédagogique – et c’est décidément tout un art que d’éviter de tomber la tête la première dans le(s) panneau(x).
A titre de précaution, un message d’alerte sera d’ailleurs prochainement diffusé par le ministère de l’Écoiogie, du Développement durable, des Transports et du Logement : « Attention : Noël vous guette ! »
« En hommage à un poète vous avez eu raison, Paul Klee, de dédier cette échelle rouge perdue au sein de l’éther tourterelle.
Cette échelle, voilà bien l’escalier, le seul qui puisse nous mener jusqu’au tremplin d’où nous sauterons, à pieds joints, dans l’impossible, puisqu’il s’agit enfin de décrocher la lune. »
René Crevel, Paul Klee (Fata Morgana, juin 2011, pages 29 et 30).
(Photo : cliquer pour agrandir.)
Une fois quittée l’exposition, le froid saisit (4° C. dimanche matin) et la place de la Grande Halle de la Villette retentit, là-bas, d’une musique qui ne ressemble pas vraiment à du Schönberg.
(Photo : cliquer pour agrandir.)
Un groupe de danseurs s’active autour d’un ampli qui diffuse une sorte de rap sans paroles et le chef donne des instructions sur les mouvements qui s’apparentent à des figures de gymnastique. L’ensemble est parfaitement coordonné. Ce sont des habitués hebdomadaires, me précise un spectateur. Apparemment, leur ballet réchauffe !
(Photo : cliquer pour la faire bouger.)
Ici, au-dessus des pavés, les lions de la fontaine sont pétrifiés et ne crachent plus d’eau. Le Zénith n’est pas loin, puisqu’il brille toujours à sa place habituelle.
(Photo : cliquer pour détailler le ciel.)
Quelques rares joggers passent dans le parc qui mène jusqu’à la salle de spectacles, tandis que la Cité de la musique semble solitaire et glacée.
(Photo : cliquer pour une autre vue.)
(Photo : cliquer pour agrandir.)
Je repense à l’exposition picturale/musicale visitée tout à l’heure, cet univers que décrit ainsi René Crevel (pages 25 et 25, op. cité) :
« L’œuvre de Klee est un musée complet du rêve.
Le seul musée sans poussière.
La cendre elle-même s’y fait prairie autour des villages en miniatures, comme en bâtissent les enfants avec leurs jeux de construction.
L’espace, ce vieux préjugé, est enfin dénoncé puisque des cosmogonies serviront de rues, et la Voie lactée de fleuve à ce paradis lilliputien et magnifique dont les animaux et leurs hommes, tout de nerfs, saluent l’incendie des poissons volants. »
(Photo : cliquer pour agrandir.)
En revenant vers l’entrée du bâtiment, la grande affiche suspendue ne se montre plus maintenant à contre-jour (deux heures et demie ont passé depuis l’arrivée en voiture dans le parking souterrain), je prends alors une dernière photo.
« La peinture de Paul Klee s’affirme d’après le déluge, d’après celui que nous espérons, pour achever le travail si incomplet de l’autre.
Et vive l’inondation. »
René Crevel, Paul Klee (Gallimard 1930, Fata Morgana, juin 2011, page 29, tirage limité à 500 exemplaires).
Le peintre-musicien Paul Klee est né le 18 décembre 1879, et j’ai visité hier, un 18 décembre, l’expo que lui consacre la Cité de la musique du 18 octobre 2011 au 15 janvier 2012 (ouvrir le lien ci-dessus car un prochain parcours est prévu avec Bob Dylan).
(Photos : cliquer pour agrandir.)
J’avais appris, le matin juste avant de partir, la mort de Vaclav Havel (j’ai encore quelques badges à son effigie achetés à Prague), la littérature et la philosophie avaient pu rejoindre la politique, comme la peinture la musique dans ces Polyphonies mises en accord parfait.
(Photo : cliquer pour agrandir.)
Comment me rappeler mieux l’amour de la musique manifesté depuis toujours par Paul Klee (pourtant j’avais déjà visité le beau musée de Berne) qu’en me retrouvant face à son propre violon ?
(Photo : cliquer pour agrandir.)
Et en suivant la déambulation (pas beaucoup de monde, un dimanche matin) au travers des salles, écouteurs sur les oreilles pour apprécier les extraits musicaux de Bartók, Schubert, Beethoven, Brahms, Mozart, Bach, Mendelssohn, Wagner, Meyerbeer, Debussy, Ellouz, Schönberg, Wolpe, Hindemith, Busoni, Stravinski, Clementi, accompagnant les peintures accrochées avec art aux murs, et les dessins, cahiers, manuscrits, marionnettes, documents sous vitrines (plus un film à la fin).
(Photos : cliquer pour agrandir.)
L’expo est magnifique, j’ai réussi à prendre à la dérobée quelques photos avant de me faire sermonner par deux gardiens faisant leur ronde.
(Photo : cliquer pour agrandir.)
Les titres des « stations » – ce n’est pourtant pas un chemin de croix, mais une symphonie enchantée pour l’œil et l’oreille – donnent le ton unique (et chronologique) de la destination : I. De musique en peinture. II. Munich-Paris : Expressionnisme et couleurs. III. Un point d’origine de la création. IV. Weimar, Dessau : Musique et théâtre au Bauhaus. V. Recherches exactes dans le domaine de l’art. VI. Une musique sans auditeurs.
(Photos : cliquer pour agrandir.)
Demain, nous irons dehors, peinture et musique encore en tête.
« Que les supplices des criminels soient utiles. Un homme pendu n’est bon à rien, et un homme condamné aux ouvrages publics sert encore la patrie et est une leçon vivante.
Que toute la loi soit claire, uniforme et précise : l’interpréter c’est presque toujours la corrompre.
Que rien ne soit infâme que le vice.
Que les impôts ne soient jamais que proportionnels.
Que la loi ne soit jamais en contradiction avec l’usage ; car si l’usage est bon, la loi ne vaut rien. »
J’avais envoyé jeudi une photo sur Twitter, comme ça, pour illustrer brusquement une idée, et je me suis dit que je l’avais en quelque sorte « grillée » pour l’utilisation sur mon blog LTAG, mais ce n’était pas plus mal car elle serait peut-être ainsi aperçue par une ou deux dizaines de passants gazouilleurs, les uns chassant les autres à la vitesse de la marée montante.
Ce matin, je republie cette image (pourquoi s’embêter ?) sous deux formes : la capture d’écran, hier, du site de « microblogging » à l’instant T, et puis la photo elle-même puisque le lien Twitpic indiqué n’est pas utilisable d’un simple clic ci-dessous.
(Cliquer pour agrandir.)
Souvent, le trottoir est miroir – pourtant on ne dit pas « faire le miroir », sauf avec de l’Ajax vitres – à cause du ciel fugace, et s’il y a une flaque d’eau, donc de ciel, et tel ou tel reflet accidentel.
Ici, la conjonction de la « bande rugueuse » (comme en bordure des quais du métro ou sur les autoroutes pour éviter au conducteur l’endormissement fatal) avec cette glace brisée, m’avait écorché le regard, comme si j’étais devenu moi-même un aveugle qui recouvrait soudain la vue.
J’ignore combien de « followers » sur Twitter ont remarqué la photo (pourtant, le chiffre s’affiche) et je pourrai connaître demain matin le nombre de visiteurs qui auront passé « 1 minute au moins », comme le précise François Bon à chaque fois sur son site, à la regarder sur cette page – mais qu’importe.
Car l’exigence pointée par Philippe Annocque (« Éloge d’une Soupçonnée », dirait René Char) est tout simplement celle de tenir le coup, la ligne, l’horizon même inaccessible.
Une photo peut alors faire penser à tout cela, et, ici, à ceux qui ne peuvent voir – ils sont bien plus de quinze ou vingt – la beauté parfois de l’inattendu.
L’ancien président de la République Jacques Chirac vient donc d’être condamné à deux ans de prison avec sursis pour « détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « prise illégale d’intérêt » (n’en jetez plus, tout cela remonte à l’époque de Cro-Magnon).
Le parquet, qui avait demandé la relaxe de ce client intouchable, vu les accusations « abracadabrantesques » dont il était la blanche victime, en est pour ses frais de brosse à astiquer et à reluire.
(Capture d’écran du monde.fr du 15.12. Cliquer pour agrandir. Le tag a été rajouté.)
Ainsi, le fameux maire de Paris (celui, réélu trois fois, qui a précédé l’arche Delanoë en promettant un jour de se baigner dans la Seine) ne fera pas appel : les forces lui manquent, et les souvenirs aussi.
Eric Halphen (on admirera sa photo déformée sur le site-sébile), le « petit juge » qui a (pour)suivi cette affaire depuis son origine, était présent sur le plateau de Canal + hier soir, et a souligné, malgré les interventions toujours horripilantes de Jean-Michel Aphatie, combien ce jugement établissait qu’il pouvait exister une justice pour tous, aussi bien vis-à-vis des gens de pouvoir que des jeunes de banlieue.
Maintenant, Jacques Chirac va pouvoir enfin profiter du sursis qui lui a été accordé. Comme sur des rails, mais avec un train (privatisé) de retard, la lagune vénitienne remplacerait peut-être ainsi pour lui (hypothèse purement fantaisiste) la lacune de mémoire.
Je t’ai suivie dans le couloir, le carrelage de l’entrée me donnait l’impression d’une mosaïque de Pompéi, la lave me brûlait déjà, tu montais les marches de l’escalier devant moi, il était très petit et tournant, comme la tête qui déjà s’envolait plus haut, tes jambes me couturaient de désir mais je savais qu’il ne s’agissait pas de cela, nous devions parler affaires, projet marketing, et nous n’avions pas trouvé de lieu plus secret pour le faire.
La chambre semblait étroite, les tables de nuit retenaient encore la lumière extérieure, je tirai le rideau pour apercevoir le mur d’en face. Le lit offrait la dimension conjugale normée, mais nous ne devions pas l’utiliser (accord tacite), une petite table avec deux chaises nous permettrait – je m’en étais assuré avant – de travailler tranquillement avec mon micro-ordinateur.
Les prises de courant des lampes de chevet pourraient servir en cas de nécessité, car on ne sait jamais trop si la batterie tiendra cinq ou huit heures, il serait temps d’inventer des ordinateurs à manivelle, ce serait plus écologique, même si je crois que cela existe déjà pour certains pays « émergents ».
Tes cheveux caressaient l’écran, quand tu te penchais sur un paragraphe déjà écrit, comme s’ils balayaient la moindre faute de frappe ou l’incorrection cachée. Je te regardais lire, je lisais tout en te regardant, et nous avancions rapidement dans l’analyse du document préparé.
Il s’agissait de savoir si la municipalité allait encore longtemps conserver cette rue minuscule en l’état : à qui ou à quoi servait-elle, d’ailleurs elle était déjà en travaux hier, elle représentait une voie inutile (sauf pour les quelques habitants comme Yann Queffélec qui l’avaient quittée il y avait déjà longtemps), une tranchée ou une trachée ouverte dans le quartier comme par inadvertance et en dehors de tout souci logique ou commercial.
J’avais commandé une bouteille de Jack Daniel’s, le whisky façon « square » m’a toujours plu, et nous en buvions dans les verres en duralex que la patronne nous avait apportés. La chaleur se passait du gaz, tes doigts fins et blancs gambadaient sur le clavier, ta bague brillait innocemment – comme celle de la fille dans le métro au début du film américain Shame, vu au MK2 Bastille, seule séquence qui en resterait pour moi inoubliable.
Le soir commençait à tomber sans rebondir, la lumière devenait sourde, les lettres se brouillaient dans mon champ de vision, les pages se succédaient sur fond blanc comme un manège aux néons de Noël, tu parlais mais je n’écoutais pas, mon esprit vagabondait, je pensais à ta bouche sanguine et à tes yeux qui devaient commencer à piquer.
J’ai fermé les volets, on a éteint les lampes et nous nous sommes couchés machinalement. Nous étions fatigués de tout, le sommeil nous apparut alors comme le havre ultime où accoster dans cette nuit à la douceur d’oreiller et nous laisser flotter sans bouger. Demain, il ferait jour, sans doute.
(Photo prise hier à Paris, rue d’Aix, 10e. Cliquer pour monter.)