Ce matin, une mini-BD pour varier un peu les plaisirs. Je ne résiste pas non plus à celui de remettre un lien vers l’article révélateur de Vanessa Schneider, paru dans lemonde.fr d’hier soir, sur le système de propagande du pouvoir actuel.
Il fallait colporter et expliquer, pour nos ministres intègres, ce que le président de la République avait voulu signifier, ce dimanche 29 janvier au soir, pendant son multi-show sur neuf chaînes de télé en même temps.
Mais, peu après cette incroyable émission, un “debriefing” secret se tenait dans le palais même de l’Elysée : grâce à sa lorgnette soigneusement camouflée, LTAG en a rapporté les quelques images exclusives ci-dessous.
(Scan : cliquer ou toucher pour élargir le champ de lecture.)
Jeudi dernier, j’ai vu Les Acacias, un film argentin de Pablo Giorgelli : une œuvre assez étrange mais qui n’agace pas.
Car ce « road movie », qui se passe essentiellement à bord d’un camion qui transbahute du bois, ne comporte presque pas de scénario, mais réussit l’exploit de tenir le spectateur intéressé tout au long de son périple.
(Paris, cinéma indépendant, rue du Temple, 3e. Cliquer pour agrandir.)
Les plans (extérieurs vitre droite de la cabine, intérieurs avec chauffeur puis passagère avec son bébé, travellings de face ou latéraux) sont sensiblement toujours les mêmes, tandis que se déroule le ruban de la route, de jour et puis de nuit, avant de pénétrer enfin dans Buenos-Aires.
L’acteur impose sa présence, la femme joue finement, l’enfant est subtil. Le silence règne malgré les trépidations du moteur, les sentiments se diffusent ou infusent au cours du trajet.
Le paradoxe de ce film tient dans sa lenteur véhiculée par le gros camion (un beau Scannia) chargé de troncs d’arbres, les acacias coupés au départ. Mais cette apparente immobilité bouge en même temps que les paysages et les intermittences du cœur.
Le voyage dure moins longtemps qu’en réalité (filmique), la rencontre est inscrite à l’image avec une jolie promesse et un mince filet de regret, on s’est laissés embarquer, finalement.
(Cuarteto Cedrón, Sobre la poesia y el combate)
Mais, hier soir, le président de la République, omniprésent à la télévision et dans nos cœurs, a rassuré son public : comme « il aun rendez-vous avec les Français, il ne se dérobera pas » devant leur attente fébrile, impatiente et amoureuse.
Un autre genre de camion passait justement jeudi dernier place de la République : avant les chars de l’armée rouge à Paris, les hordes communistes venaient-elles déjà repérer les lieux dans l’attente de la prochaine élection ?
(Photo : Paris, place de la République, le 26 janvier. Cliquer pour agrandir.)
Heureusement, Le Chasse-clou est redevenu consultable en ligne (le Net, ça va et vient) et j’ai pu relire ainsi l’article que j’avais écrit, le 11 février 2008, lors de la parution du premier livre de Christine Jeanney, Charlémoi.
Cela m’a fait plaisir de la retrouver à ses débuts, avant qu’elle ne fasse le grand saut dans l’édition numérique, chez publie.net de François Bon.
J’en parle aujourd’hui car Christine Jeanney vient de publier Les Sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus, « les Todo Listes 180# », qui est la récolte de ce même nombre de photos, sollicitées un célèbre jour de juin 2011 sur Twitter, et pour lesquelles son imagination panoramique a tissé des histoires, des fables, des inventions, des « légendes », au sens détourné du mot dans son acception photographique habituelle.
Il est tellement agréable, plaisant, surprenant, étonnant, charmant, inquiétant, bouleversant même, de parcourir ainsi toutes ces images mêlées aux textes (ou l’inverse) et qui nous emmènent ici ou là – et même ailleurs – le temps de ces 370 pages ordonnées selon un goût exquis (typographie élégante, relief apparent des photos, cadrage général).
Démonstration claire, évidente : les objectifs photographiques peuvent être, comme parfois les yeux, fertiles – question de regard et d’interprétation. Les noces (sous voile ou pas) imagées et lues nous carillonnent alors à toute volée dans la figure.
(Photo prise à Paris, rue Alibert, 10e, le 18 octobre 2011. Cliquer pour agrandir.)
A Paris, j’aime bien, dans le 10e, le Passage de l’Industrie (j’évite cependant de penser alors à Eric Besson) car il a gardé son côté décalé, comme balayé par des escarbilles ou reflété par « les derniers jours de la classe ouvrière », ceux décrits par Aurélie Filippetti dans son roman de 2003.
(Photos prises le 25 janvier à Paris, 10e. Cliquer pour agrandir.)
Dans ce quartier de la rue du Faubourg Saint-Denis, et tout près du boulevard de Strasbourg, on trouve encore ces échoppes bariolées de « cosmétiques », de perruques, de cheveux verts, fluos, rouges, et ces petits groupes de types que l’on qualifierait en haut lieu, sans coup férir (mais que fait Guéant ?), d’« oisifs », de fainéants et de voyous.
(Photo : rue du Faubourg Saint-Denis. Cliquer pour agrandir.)
Si l’on devait garer sa voiture ici, il importe de faire gaffe. Ne pas attraper un PV sur le pare-brise (17 euros, c’est le tarif depuis août 2011, une taxe parmi des dizaines d’autres destinées, nous dit-on, à combler la dette de l’Etat).
(Photo : Passage de l’Industrie. Cliquer pour voir l’avertissement.)
En ce moment, Gérard Longuet étale ses pubs pour la marine (subliminalement : la fille Le Pen), aussi bien dans les cafés que sous terre. On met sur pied une invincible armada ?
Il est quand même rigolo, ce ministre de la Défense et des Anciens combattants, quand il fait la leçon, vendredi dernier, à François Hollande et qu’il se permet de dire que « les études de marchés ça coûte cher » : encore un qui a oublié la batterie de casseroles qui demeurent accrochées à son costume trois-pièces, malgré le gilet pare-balles enfilé par-dessus en février 2011.
(Photo : boulevard de Strasbourg. Cliquer pour agrandir.)
Mais vivement qu’ils plient une fois pour toutes leurs gaules, tous ces habitués des tribunaux, même relaxés sur leur bonne mine, et partisans d’un « ordre moral » dans lequel ils enrobent leur propre impéritie et leurs comportements d’affairistes sans vergogne !
L’industrie est sans doute une longue patience, mais l’armée un haut-fourneau mortel.
(Photo : rue du Château d’eau. Cliquer pour agrandir.)
Il est normal (comme dirait le candidat du PS) que son portrait s’affiche à tous les coins de rue : regardez ces moustaches fièrement dressées, style troisième République, ce regard torve derrière des lunettes qui voudraient jouer la transparence, cette politique réinventée des « Trente Honteuses » (sic) comme l’a dit hier soir Franz-Olivier Giesbert (directeur du Point) sur France 2, cet air placide et duplice tout à la fois, ce « mou » qui s’est durci à force de régime – celui de la ceinture qu’il voudrait imposer à la France des honnêtes gens, des travailleurs dociles et non syndiqués, et des entrepreneurs qui récoltent le juste salaire de leurs affaires développées tous azimuts et avec la bénédiction du fisc.
Il est inquiétant de voir désormais ce candidat de gauche monopoliser tous les médias, ici sous prétexte d’un meeting au Bourget (dimanche), là d’une conférence de presse (mercredi), et enfin ce jeudi soir sur une chaîne de télévision (d’accord, une seule était occupée, mais il vise petit), et en faisant convoquer, pour lui donner la contradiction, Alain Juppé, un ancien Premier ministre, homme politique au-dessus de tout soupçon, toujours « droit dans ses bottes » fabriquées sans doute sur mesure à Romans (Drôme).
Il est pénible, enfin, de voir le paltoquet vicieux – cet Hollande est dangereux – sembler croire que c’est dans la poche, qu’il va pouvoir être « le favori du mois de janvier et en mai, les électeurs choisiront », tout cela sur un simple coup de baguette magique, et uniquement grâce à un conglomérat d’arguments économique plus ou moins controuvés, lui qui se prétend « le seul à pouvoir porter le changement ».
Non, soyez tranquille, Nicolas Sarkozy ne risque rien (surtout si certains Français restent chez eux lors des élections, les 22 avril et 6 mai prochains, ou votent pour des candidats exotiques) : dimanche soir, l’homme dont le nom est imprononçable va enfin montrer de quel bois il se chauffe – l’ami Bolloré lui aurait donné un cours privé sur quelques essence rares – et reprendre du poil de la bête après un petit « passage à vide » orchestré par la presse aux ordres.
Dormez, braves gens, le gentil marchand de sable va puiser dans son sac et arroser vos paupières, depuis les nuages élyséens, de sa caresse minérale !
(Photo : Paris, rue des Petites écuries, 10e, le 25 janvier. Cliquer pour agrandir.)
(Photo prise à Saint-Denis, 93, le 25.1.12. Cliquer pour agrandir.)
– Allô, B2 ?
– Oui.
– C’est C1.
– Parfait !
– On peut se parler, là ?
– Vas-y, aucun risque, tu m’appelles sur un iPhone volé dans le métro et qui m’a été refilé…
– OK, moi je suis dans une cabine près de Beauvau, pas facile à trouver, d’ailleurs, pourtant c’était une belle invention ! On se trouvait à l’abri de la pluie et des indiscrets.
– Tu veux quoi ?
– Voilà : je me demandais si on ne pourrait pas faire agir quelques-unes de nos équipes, tu sais, celles qu’on a implantées à Saint-Denis ?
– Dans l’ancienne fac gauchiste ?
– Exact. Ces cellules sont « dormantes » mais on pourrait les ranimer car maintenant l’échéance approche et il ne faudrait pas se faire prendre de cours.
– Tu as le mot pour rire ! Mais tu propose quoi, en fait ?
(Photo : Université Paris 8, même jour. Cliquer pour agrandir.)
– Ces types, on les envoie à Aulnay-sous-Bois ou Clichy-sous-Bois (il y a toujours des bois, dans ces zones-là), et un soir ils attaquent une patrouille de police, elle se défend, il se produit une malheureuse bavure, et alors c’est l’embrasement… enfin, tu vois le topo, non ?
– Mais quel intérêt, C1 ? On a déjà connu ça, notamment fin 2005 et ça été plutôt difficile à gérer…
– D’accord, mais là on se coltine l’élection présidentielle qui nous arrache le dos et il est vraiment indispensable, pour notre électorat, de marquer un grand coup sécuritaire. Tu te souviens de l’affaire Paul Voise, largement matraquée dans les médias : si on veut ramasser les voix des tenants de l’ordre à tout prix, alors un truc dans les banlieues qui s’enflamment, et c’est parti ! Hollande, la fille Le Pen, Bayrou avec son portefeuille, Mélenchon, Eva Joly…, tout le monde se rassemble derrière Sarkozy, le sauveur suprême et ancien ministre de l’Intérieur – moi, je ne fais pas assez peur, je ne parle pas de « racailles » ou de Kärcher, juste un peu d’immigrés ou de quelques « résistants ».
(Photo : métro, même jour. Cliquer pour agrandir.)
– Mais si ça dérapait ?
– Impossible, B2, on contrôle les dealers (ils font leurs petits trafics sous notre surveillance bienveillante), ils paient trois ou quatre encapuchonnés pour balancer des cocktails Molotov sur nos flics, et après tout s’enchaîne…
– Tu ne crois pas que le PS va flairer la provocation ? Ils ont dans leurs rangs un certain Jean-Jacques Urvoas qui connaît apparemment bien le secteur police/gendarmerie.
– Non, ils sont les premiers à dire que c’est l’insécurité qui règne dans ces quartiers et Hollande a lui-même menacé au Bourget les « petits caïds », c’est impec’ pour nous.
– D’accord, C1, mais tu as le feu vert d’en haut ?
– Je ne lui en ai pas encore parlé, car là il prépare à fond la caisse (de résonance) son émission de télé programmée dimanche soir, on verra après, c’est surtout pour que tu ne sois pas pris au dépourvu.
– C’est mieux en effet, j’en dirai deux mots à mon équipe.
– Alors, à bientôt, B2 !
– Je te donne ma parole : ils auront rapidement de mes nouvelles. Je m’en vais leur mijoter une de ces flambées aux petits oignons et ils viendront dare-dare me supplier d’arrêter l’incendie…
– On a intérêt à se dépêcher : il ne faudrait surtout pas que ce soit le candidat du PS qui tire les marrons glacés du feu !
(Photo : station Miromesnil, même jour. Cliquer pour agrandir.)
Hier matin, dans le métro, je repensais à cet article du monde.fr qui avait dû éclater comme un coup de tonnerre dans les sphères élyséennes, les cercles UMP et leurs bandes d’affidés en tous genres.
Ainsi, notre Président matamore se posait des questions de conscience : l’argent plutôt que le pouvoir (pourtant il avait su conjuguer les deux), et le « week-end de trois jours comme tous les Français » plutôt que les réunions interminables avec les « partenaires sociaux » et les représentants stipendiés de sa claque ?
A Pigalle, j’avais l’impression d’un monde hors de la chronologiepolitique (à la petite semaine) : le quartier gardait un air de l’époque passée – et l’on n’était encore que le jour – et l’immuabilité de ses rues et immeubles survolait les soubresauts derniers d’un potentat qui agonisait sans plus de façon.
L’art allait enfin relever la tête, comme la culture, l’éducation… Une sorte d’ambiance de Mai 1981 (sans parler du toujours tenace Mai 68, comme François Hollande avait osé le citer lors de son meeting, dimanche, au Bourget) semblait déjà imprégner l’atmosphère.
Tous les jours, les indices de la défaite prochaine du représentant de la droite au pouvoir s’accumulaient : oui, le capital – l’homme (et la femme) – redevenait, dans cette acception historique, le bien le plus précieux.
« Dimanche, le jour où Hollande veut raconter François » avait titré hier lemonde.fr, ramenant d’avance son premier grand meeting au Bourget à un simple discours autobiographique du type « story telling » : manque de chance, François Hollande a, en fait, révélé sa véritable envergure politique en annonçant des mesures radicales et enfilé avec détermination et aisance les nouveaux habits du Président qu’il entend être et deviendra.
La force de conviction et l’impact des propositions du candidat du PS aux prochaines élections (22 avril et 6 mai) ont emporté l’enthousiasme des militants et des sympathisants, et celui d’une majorité de Français – des sondages le montreront bientôt – tout en tétanisant les séides du pouvoir en place et ses thuriféraires soudain bredouillants.
Désormais, il est clair que le changement est engagé. L’occupant actuel de l’Elysée, en déplacement en Guyane au même moment (quel bagne pour aller récolter quelques votes supplémentaires !), a reçu hier un coup de casse-tête dont il aura du mal à se remettre.
(Capture d’écran du parisien.fr d’hier. Cliquer pour agrandir. Le tag a été rajouté.)
Plus que jamais, par comparaison avec son challenger socialiste, le candidat putatif de la droite au scrutin présidentiel est apparu dimanche soir, sur les écrans de télévision, comme un pantin désarticulé et un orpailleur définitivement bredouille.
Je respirais l’air sur le pont en bois de la péniche. Un moment, j’ai aperçu un promeneur qui prenait des photos, ce n’est d’ailleurs pas interdit : j’étais sûr qu’il allait me repérer, alors je me suis tenu immobile.
Certes, il ne faisait pas un temps à se prélasser au soleil et j’aurais préféré m’offrir un bain dans l’eau verte, cela m’aurait rappelé les marigots dont on dit ici qu’ils sont réservés à certains personnages politiques.
Mon patron était parti faire un tour en ville : à moi de garder le bateau. Qui m’avait vu ? Qui avait décrypté le nom de l’embarcation de couleur bleue où je vis désormais : Embellie ?
De temps à autre, le capitaine (un ancien du Congo belge), Jacky Mélassier, m’apporte quotidiennement ma nourriture. Car il me faut des kilos de viande, et je ne sais trop où il va se la procurer. Parfois il me met à l’eau, grâce à sa petite embarcation collée au flanc de la péniche.
Sa chaise en teck, à côté d’un paquet de cordage, manifeste sa présence invisible.
Ici, tout est calme, pas de chasseurs, pas de rhinocéros, pas de flots à la couleur trouble de limon. Les tam-tams ne résonnent pas dans l’air poisseux. L’eau est presque limpide et tentatrice – un président de la République avait promis de s’y baigner un jour, tel Mao Zedong dans le long bras du fleuve Yang Tsé Kiang, mais il n’en a jamais eu le courage – pourtant je n’ose plonger de si haut.
Normalement, je devrais être placé dans un zoo (il paraît que certains habitants de la ville gardent des boas chez eux), mais les rares personnes qui m’aperçoivent sur le bateau près de ce quai ou me détectent sur un blog – si elles regardent bien – imaginent que je ne suis pas vivant.
Grâce à cette apparence momifiée, on me fiche la paix. L’existence est une longue attente, mon maître ne devrait plus trop tarder maintenant. Souvent il s’en va vers la rue de La Grande Illusion, pas très loin d’ici, et je sais qu’il a emporté son couteau à lame effilée d’ex-mercenaire.