L’échéance commence à se rapprocher : voilà que François Bayrou a sorti son affiche de derrière les fagots centristes et qu’un sondage, publié hier, montre le dernier galop (Eric Woerth serait-il dans les parages ?) ou Gallup en date, toujours nettement favorable à François Hollande.
Ci-dessous, quelques vues sur la campagne (électorale) en ville. Tous les candidats ne figurent pas dans ce panthéon imagé, mais il reste encore 53 jours pour pouvoir admirer leurs figures affichées en plein air, ou ailleurs.
(Paris, bd Richard-Lenoir, 11e, le 14.12.11. Cliquer pour agrandir.)
(Paris, rue de Lancry, 10e, le 5.2.12. Cliquer pour agrandir.)
(Paris, place de la République, 10e, le 10.2.12. Cliquer pour agrandir.)
(Paris, rue de Lancry, 10e, le 18.2.12. Cliquer pour une autre photo.)
(Même endroit, même jour. Cliquer pour agrandir.)
(Paris, rue Moufle, 11e, le 28.2.12. Cliquer pour agrandir.)
(Paris, rue de la Grange-aux-Belles, 10e, le 22.2.12. Cliquer pour agrandir.)
Jouxtant le 36 de la rue (pas le quai d’autres orfèvres), où l’on peut louer du matériel pour tournage de films, j’ai aperçu lundi matin une inscription sur la façade de cette librairie – il en existe encore – qui ressemblait à un défi ou à une contradiction ontologique.
(Photo : rue René Boulanger, Paris, Xe. Cliquer pour agrandir.)
Evidemment, j’ai pensé à Jorge Luis Borges, sa cécité ne lui permettait plus de lire ce qu’il avait écrit et qu’il pouvait entendre moduler ensuite, et cette phrase, cette revendication, ce paradoxe ou cette ironie amère ou amusante, s’étalant sur le lieu même où se trouve une partie de la culture (l’autre étant sur écran, ce qui implique quand même le savoir, ou le pouvoir minimum revendiqué ici) m’apparaissait comme un signe, un appel, un geste (écrit ou tracé lui-même) vers l’accès démocratique et démocratisé à ce qui demeure une ouverture fondamentale.
Je pense que le libraire, aux livres, etc., ne fera pas effacer tout de suite cette formule – elle pourrait être le nom provocateur ou évocateur d’une librairie même , car elle est tout à la fois humour, demande, espoir, griffure.
Il existe certes des lectures audio pour ceux qui ne peuvent exercer leur yeux sur les lignes imprimées ou en ligne. On croise aussi des parcours culturels qui suppléent la rencontre des artistes dans leur moyen d’expression : un écrivain écrit, un musicien musique, un peintre peint, un cinéaste filme, un acteur acte, un policier police, un candidat dérape…
L’essentiel demeure en celui qui interprète (voir « post » récent sur LTAG), ou qui est en mesure de le faire, si on lui en donne les outils, les prolongements, la possibilité égale et fraternelle.
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Les livres (ou leur incipit inattendu) s’écrivent alors parfois sur les devantures dans la ville et ses aventures.
Des ballets de Nijinski, des performances dadaïstes, jusqu’à Pina Baush, Trisha Brown, Merce Cunningham ou la merveilleuse Anne Teresa De Keersmaeker (entre des centaines d’autres), comment dire l’étincellement de Danser sa vie, cette manifestation au Centre Pompidou (23 novembre 2011 => 2 avril 2012) ?
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Elle est si riche, si profuse, qu’elle serait à visiter plusieurs fois, comme un pas de deux, de trois, de quatre….
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« Exposer la danse » ou l’exploser ?
Tableaux, dessins, mannequins (salle ronde et mystérieuse des danses du Bauhaus), films de Yves Klein (1960), Jan Fabre (2004), Jackson Pollock dans son “action painting”…
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Juste une citation d’Alain Badiou (Petit manuel d’inesthétique, 1998), glanée dans un des nombreux documents relatifs à cette exposition (extraits de textes) : « Pourquoi y a-t-il une histoire de la danse, une histoire de l’exactitude du vertige ? Parce qu’il n’y a pas la vérité. S’il y avait la vérité, il y aurait une danse extatique définitive, une incantation événementielle mystique. Ce dont sans doute est persuadé le derviche tourneur. Mais ce qu’il y a, ce sont des vérités disparates, un multiple aléatoire d’événements de pensée. La danse s’approprie dans l’histoire cette multiplicité.(…) »
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J’adore les derviches tourneurs, et leur nom même qui donne le tournis (le philosophe sait les débusquer aussi en politique).
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Alors, devant la somme des articles ou du dossier de presse impressionnant sur cet événement artistique, je me suis limité à ces quelques photos, prises discrètement samedi dernier à Beaubourg.
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Ensuite il suffit d’ouvrir les liens, comme le danseur ouvre les bras devant la danseuse, parfois c’est le contraire, ou bien ou bien c’est la création même qui chorégraphie le corps dans les spasmes, géométriquement, suspendu dans l’air (un instant, monsieur le bourreau).
Je me dis que la fiction possède un statut bien particulier et enviable : excuse ou prétexte pour faire passer un message sous-jacent qui ne saurait affleurer directement à la surface des choses. Un peu comme ces mises en garde au début de certains livres ou au générique des films qui empruntent des éléments historiques pour leur scénario : « Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence ».
Cela ne trompe personne. Mais une image permet d’imaginer : c’est ce qui me plaît avant tout dans la photo.
Et là, je rejoins Roland Barthes sur sa théorie de la photo plate : comme en peinture, ou en musique, ou en littérature, ou en sculpture, ou en poésie, ou en promenade, ou en escalade, ou en piscine, à la ville ou à la campagne, ou en vélo, en voiture, en train, en avion, dans une cave, dans un grenier, dans un rêve ou un cauchemar : tout, oui, (Sigmund, vous avez bien sûr raison), n’est qu’interprétation et traduction.
« Allez, la musique. » (Lautréamont, Poésies I)
(Photo : cliquer pour découper plus largement dans l’espace.)
L’idée paraissait séduisante, donc il fallait l’accueillir sans prendre des pincettes, la dorloter et puis lui donner forme. Ensuite, il suffisait de mettre en place la logistique qui convienne le mieux, de recruter quelques gros bras et l’affaire irait comme sur des roulettes.
Ils nous avaient dit qu’il était nécessaire que tout cela se fasse dans la plus grande discrétion, que personne ne s’aperçoive de rien – choisir des orphelins ou des sans-familles, généralement chez les sans-papiers – et que l’on contribuerait ainsi au développement de l’hygiène nationale.
Nous, du moment qu’ils nous payaient cash, sans laisser de traces, c’était parfait, leurs buts réels on s’en fichait, ce qui primait c’était que cela nous rapporte suffisamment de blé pour ensuite nous permettre de disparaître dans la nature.
Au début, cela n’a pas été très facile car il fallait mettre sur pied tout un système de repérages, de surveillance, de filatures. Nos futures victimes devaient correspondre à un profil qui nous avait été donné oralement (aucun papier ni téléphone n’était jamais utilisé par nos commanditaires) : entre trente et quarante ans, origine africaine, sexe indifférent, petits boulots clandestins ou précarité, quartiers populaires dans Paris (du côté de la Goutte d’Or, par exemple).
L’opération se déroulait une fois la nuit tombée. On embarquait dans notre grand Ford couleur immaculée et on se dirigeait vers l’endroit marqué d’une croix au crayon sur la carte. Là, on frappait à la porte de la cible, si ça ne répondait pas, on l’enfonçait, on attrapait notre proie, on lui mettait un bandeau sur les yeux, du scotch marron de déménagement sur la bouche, on lui liait les mains et les pieds avec le même ruban, et puis on la fourguait dans le fourgon.
Ensuite, direction Rungis, hall 6, atelier 49, on poussait les portes en plastique, on livrait la marchandise. Au bout d’un certain temps, elle nous était rendue, ils pratiquaient ça à la découpe (halal ?), elle était emballée proprement dans un grand sac étanche, et alors direction le terminus.
Après, monsieur le juge, j’ignore ce qu’ils faisaient des colis qu’on leur déposait tous les jours. Des fois, le boucher – il avait une devanture à l’ancienne, une façade en quelque sorte – murmurait : « L’immigration diminue en France ! », mais on n’y prenait pas garde. Il nous donnait notre paie et on remontait alors dans le camion.
Si je veux un avocat ? Oui, je crois qu’il y en a un d’assez connu qui a rejoint un petit parti politique qui monte : j’espère qu’il exerce encore, je vais lui téléphoner, si vous permettez.
Hier, vu l’inscription (sur fond blanc) figurant sur le fronton de la mairie du Xe à Paris et annonçant une expo du photographe iranien (exilé) Reza, jusqu’au 29 février.
J’ai gravi les marches du perron et j’ai pris quelques photos des œuvres de cet artiste engagé, il y avait un seul autre visiteur, leur impact est fort.
Certaines des images présentées dans le hall (avec, hélas, les cartels collés presque à ras du sol et non à hauteur de vue) se trouvent également sur ce site, et j’ai choisi d’en rajouter ici juste une : celle avec les auto-tamponneuses (ou automitrailleuses…ou mini-chars d’assaut) sur un bras du fleuve Amour, en Chine (1980).
Reza : haute résolution (pas seulement photographique).
(Photos : agrandissement conseillé.) (Photo : galerie Internet dans le hall. Cliquer pour agrandir.)
« Il faut donc me rendre à cette loi : je ne puis approfondir, percer la Photographie. Je ne puis que la balayer du regard, comme une surface étale. La Photographie est plate, dans tous les sens du mot, voilà ce qu’il me faut admettre. C’est bien à tort qu’en raison de son origine technique, on l’associe à l’idée d’un passage obscur (camera obscura). C’est camera lucida qu’il faudrait dire (tel était le nom de cet appareil, antérieur à la Photographie, qui permettait de dessiner un objet à travers un prisme, un œil sur le modèle, l’autre sur le papier) ; car, du point de vue du regard, « l’essence de l’image est d’être toute dehors, sans intimité, et cependant plus inaccessible et mystérieuse que la pensée du for intérieur ; sans signification, mais appelant la profondeur de tout sens possible ; irrévélée et pourtant manifeste, ayant cette présence-absence qui fait l’attrait et la fascination des Sirènes » (Blanchot). »
Roland Barthes, La Chambre claire, 1980 (Cahiers du cinéma, Gallimard, Seuil, 2003, pages 164-165).
(Photos : Paris hier, boulevard de Magenta, 10e. Cliquer ou bouger pour ouvrir les chambres.)
Hier matin, comme souvent, j’ai fait un tour à la gare de l’Est, peut-être pour me donner l’illusion de partir – et j’ai retrouvé « des trains qui ont la longueur d’un instant de cafard » (Léon-Paul Fargue).
(Photos : cliquer ou bouger pour changer de vue.)
Alors, je me suis de nouveau souvenu, en voyant ces faux rails incrustés dans le sol du hall d’entrée ou de sortie, d’une mini-vidéo que j’avais mise en ligne (électrique), le 5 mai 2009, dans Le Chasse-clou et filmée à cet endroit même.
(Photos : cliquer ou bouger pour changer de voie.)
La gare déleste : videz les ballasts, chassez les miasmes, vous retomberez suffisamment tôt dans l’actualité du moment.
« Ce qui est en bas ressemble à ce qui est en haut. Par-là l’esclavage est une image de l’obéissance à Dieu, l’humiliation une image de l’humilité, la nécessité physique une image de la poussée irresistible de la grâce, l’abandon des saints au jour le jour une image du morcellement du temps chez les criminels et les prostituées, etc. A ce titre, il faut rechercher ce qui est le plus bas, à titre d’image. Que ce qui en nous est bas aille vers le bas afin que ce qui est haut puisse aller en haut. Car nous sommes retournés. Nous naissons tels. Rétablir l’ordre, c’est défaire en nous la créature. »
Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, Plon 1948 (UGE, 10 x 18 N° 2, 1963, page 43).
(Photos : Paris, pont au Change, 19 février, 14h.00. Cliquer pour agrandir.)
(Gustav Mahler, Rückert Lieder, “Ich bin der Welt abhanden gekommen”)
Les vacances scolaires (zone C) ont commencé : peu de joggers dans le parc, dimanche en fin de matinée, beaucoup de touristes étrangers, autant d’appareils photos numériques et des mouettes pas farouches.
(Photos : cliquer ou bouger pour agrandir.)
Devant la statue de Laure de Noves, j’ai pensé aussi à ce cher Jérôme Peignot, toujours vaillant, qui a publié en septembre 2010 Le Gai savoir de la mort (aux Éditions des cendres).
(Photo : cliquer pour voir l’autre qui se cache ici.)
Des escadrilles (pacifiques) de mouettes se précipitaient sur les Japonais leur donnant à manger. Mais aucun petit navire ne croisait dans le bassin, pourtant pas besoin de brise-glace puisqu’il faisait 7°C.
(Photo : cliquer pour agrandir.)
(Photo : cliquer sur celle-ci pour en découvrir une autre.)
J’ai été surpris de ne plus retrouver les poneys grâce auxquels on inventait l’aventure équestre pour les enfants. Ils avaient été (seulement pour l’hiver ou définitivement ?) remplacés par des petites voitures de course à pédales : François Fillon aurait-il sponsorisé la mini-piste de karting ?
(Photos : cliquer pour agrandir.)
Le Luxembourg (jardin du) demeure un lieu de fuite, havre de repos ou de méditation, ses chaises classiques n’ont pas encore été changées par un mobilier plus « urbain » à la Decaux, et le Sénat, passé à gauche, se tient fièrement dans son rôle républicain – même si le candidat Sarkozy entend réduire, une fois élu, le nombre de députés mais il n’a pas cité, à Marseille, les sénateurs. Il pourrait d’ailleurs supprimer tous les parlementaires : des référendums à tire-larigot suffiraient sans doute pour l’exercice de la démocratie telle qu’il la dessine.
(Photos : cliquer pour agrandir.)
Quand on franchit la grille de sortie (tout dépend par où l’on est entré) du parc, Flammarion nous fait de l’œil un peu plus loin tandis que le théâtre de l’Odéon se donne déjà en représentation.
(Photos : cliquer pour agrandir.)
Et il est bien qu’Olivier Py propose une météo sans frontières, en ces temps de tirades xénophobes dégueulées tous azimuts.