« Il faut donc me rendre à cette loi : je ne puis approfondir, percer la Photographie. Je ne puis que la balayer du regard, comme une surface étale. La Photographie est plate, dans tous les sens du mot, voilà ce qu’il me faut admettre. C’est bien à tort qu’en raison de son origine technique, on l’associe à l’idée d’un passage obscur (camera obscura). C’est camera lucida qu’il faudrait dire (tel était le nom de cet appareil, antérieur à la Photographie, qui permettait de dessiner un objet à travers un prisme, un œil sur le modèle, l’autre sur le papier) ; car, du point de vue du regard, « l’essence de l’image est d’être toute dehors, sans intimité, et cependant plus inaccessible et mystérieuse que la pensée du for intérieur ; sans signification, mais appelant la profondeur de tout sens possible ; irrévélée et pourtant manifeste, ayant cette présence-absence qui fait l’attrait et la fascination des Sirènes » (Blanchot). »
Roland Barthes, La Chambre claire, 1980 (Cahiers du cinéma, Gallimard, Seuil, 2003, pages 164-165).



(Photos : Paris hier, boulevard de Magenta, 10e. Cliquer ou bouger pour ouvrir les chambres.)