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A la librairie de la Fondation Maeght, revisitée le 25 juillet depuis Nice, j’ai acheté une toupie, cela m’a fait penser à Charles Fourier, à l’attraction passionnée et aux mouvements des sphères qui font toujours autant tourner et virevolter l’esprit.

« En ce temps-là, je ne te connaissais que de vue

Je ne sais même plus comment tu es habillé

Dans le genre neutre sans doute on ne fait pas mieux

Mais on ne saurait trop complimenter les édiles

De t’avoir fait surgir à la proue des boulevards extérieurs

C’est ta place aux heures de fort tangage

Quand la ville se soulève

Et que de proche en proche la fureur de la mer gagne ces coteaux tout spirituels

Dont la dernière treille porte les étoiles

Ou plus souvent quand s’organise la grande battue nocturne du désir

Dans une forêt dont tous les oiseaux sont de flammes

Et aussi chaque fois qu’une pire rafale découvre à la carène

Une plaie éblouissante qui est la criée aux sirènes

Je ne pensais pas que tu étais à ton poste

Et voilà qu’un petit matin de 1937

Tiens, il y avait autour de cent ans que tu étais mort

En passant j’ai aperçu un très frais bouquet de violettes à tes pieds

Il est rare qu’on fleurisse les statues à Paris

Je ne parle pas des chienneries destinées à mouvoir le troupeau

Et la main qui s’est perdue vers toi d’un long sillage égare aussi ma mémoire

Ce dut être une fine main gantée de femme

On aimait s’en abriter pour regarder au loin

Sans trop y prendre garde aux jours qui suivirent j’observai que le bouquet était renouvelé

La rosée et lui ne faisaient qu’un

Et toi rien ne t’eut fait détourner les yeux des boues diamantifères de la place Clichy (…) »

(André Breton, Ode à Charles Fourier, 1947, Fata Morgana.)

(Photo : cliquer pour agrandir.)

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