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Derrière la porte verte (ou le passage laissé entrebâillé), il suffit d’avancer, on sait que l’on est en terrain connu puisque la boîte encastrée dénote une présence humaine. Des ouvriers – le terme existe encore, comme celui de la classe du même nom avec la lutte qui s’est mariée avec elle – peuvent donc recevoir des lettres (comme dans l’ancien temps), on imagine même peut-être une carte postale en provenance d’Agadir ou de Constantine.

Les barbelés rappellent ceux, entre autres, qui enjolivèrent les camps militaires au glorieux temps des colonies (le sinistre 17 octobre 1961 revient lundi à la surface de l’Histoire), c’est qu’il ne faudrait pas que l’on escalade à l’envers la mince paroi, non pas pour s’échapper mais pour pénétrer dans le périmètre interdit, afin d’aller dérober quelque véhicule de compétition.

Quadrilatère où la terre elle-même semble sans cesse malaxée, débarbouillée et retournée, effritée et mélangée à l’eau du ciel comme dans un camion avec son gros cylindre où le béton tourne sans cesse afin qu’il ne se fige pas dans sa masse.

Mais cette boîte isolée, ce signe postal donnant sur le vide, prouve des allées et venues : un préposé du service encore à moitié public passe de temps en temps  (voyage-t-il en mobylette ?) déposer ici du courrier. Et il faut sans doute qu’il y ait quelqu’un de l’autre côté de la palissade pacifique pour le récupérer, l’ouvrir, le lire et en devenir, un instant, heureux ou pas.

(Photo : cliquer pour ouvrir.)

(Leonard Cohen, Field Commander)

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