Le maire de Paris est un généreux mécène puisque l’on peut venir voir sans débourser un rond les expositions qu’il organise en son hôtel de ville : je me souviens notamment de celle, sublime, dédiée à Jacques Prévert, et visitée lors du dernier jour, le 28 février 2009.

Par un hasard amusant, une ex(p)o Sempé s’annonçait déjà à cette époque sur  Le petit Nicolas (il ne s’agissait pas du principal candidat putatif de droite à la prochaine élection présidentielle).

J’ai même cru le reconnaître, oui, là-bas, en anorak rouge sur le trottoir de la rue de Rivoli.

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Mais l’inconvénient des manifestations gratuites, c’est qu’elles attirent du monde. Cependant, pour celle-ci, intitulée Sempé, Un peu de Paris et d’ailleurs (du 21 octobre 2011 au 11 février 2012), en choisissant un horaire convenable (mercredi dernier, en début d’après-midi), ça marche, même si quelques petits groupes sont déjà passés sous le porche monumental du bâtiment.

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Irréfutable : Jean-Jacques Sempé est un humoriste fin et il est agréable de rire, sourire ou s’émouvoir en parcourant, depuis ses cahiers d’écolier – plaisir de caricaturer les profs ! – jusqu’à ses plus récentes œuvres, le trait de son dessin, la couleur de ses paysages, souvent urbains, et l’esprit qu’il met devant ou à côté de ses personnages.

Souvent perdus devant l’immensité (les immeubles parisiens, les gratte-ciels new-yorkais…), ou noyés dans la masse (les manifestations politiques, les concerts, les pièces de théâtre…), ses individus ou ses couples « croqués » montrent parfois leur existence désemparée ou leur joie mêlée de mélancolie, tandis que certains d’entre eux apparaissent comme des privilégiés sans complexes.

Ainsi, le fils sur le yacht somptueux de ses parents : « Je m’ennuie ! »

Ainsi, des promeneurs le long d’un port où sont amarrés des bateaux de luxe : « Un seul mot pour résumer : pognon ! »

Ainsi, les parents du musicien d’un orchestre symphonique auxquels il fait signe depuis la fosse, ceux-ci disant, depuis le balcon de la salle : « Ça va être bientôt à lui ! »

Ainsi, des centaines de personnes, dans leurs appartements à New York, tandis que la lune brille dans le noir au-dessus des sky-scrapers, et regardant tous en même temps celle-ci en réduction sur leurs postes de télévision (l’événement se déroule, semble-t-il, le 21 juillet 1969).

Ainsi, une chambre ultra-moderne avec son mobilier design et un immense tableau, accroché sur le mur juste au-dessus des oreillers, représentant un lit totalement rococo.

Ainsi, une autoroute américaine (Sempé a travaillé pour The New Yorker depuis 1978 et a séjourné de nombreuses fois dans la Big Apple) avec les panneaux indicateurs sur les différentes voies à suivre, dont une pour les « hésitants » qui peuvent alors sortir totalement du circuit ordonné.

Ainsi, la chenille du marathon de New York, avec ses milliers de participants dessinés un à un avec leurs tee-shirts rouges, jaunes, verts, bleus, et serpentant au milieu de Manhattan.

Ainsi, l’homme politique à la tribune devant la foule rassemblée et annonçant : « J’ai déjà tout dit hier soir à la télévision ! »

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Dessins avec ou sans légendes – mais c’est la légende de Sempé lui-même qui se raconte ici –, sûreté du trait (certaines perspectives architecturales ressemblent au style Bauhaus), couleurs pastel et jamais criardes, regard tendre et ironique sur la comédie voire la tragédie humaine, amour de la musique (beaucoup d’instrumentistes, classiques ou de jazz, représentés), valse lente ou boogie-woogie des soirs mélancoliques et de l’agitation de la ville automobilisée, on passerait bien des heures à « lire », admirer ou se fondre dans la solitude/multitude saisie sur le vif au sein de son quotidien rétréci ou de ses idées de grandeur.

Clair et précis, tel apparaît le dessein de Sempé : (p)oser son crayon sur nos travers (ou nos droits), et nous laisser juges, finalement assez indulgents, de la vie qui ressemble à un miroir sans tain ou légèrement zébré à la mine de plomb.

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Count Basie, Whirly Bird)

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