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Jeudi dernier, j’ai vu Les Acacias, un film argentin de Pablo Giorgelli : une œuvre assez étrange mais qui n’agace pas.

Car ce « road movie », qui se passe essentiellement à bord d’un camion qui transbahute du bois, ne comporte presque pas de scénario, mais réussit l’exploit de tenir le spectateur intéressé tout au long de son périple.

(Paris, cinéma indépendant, rue du Temple, 3e. Cliquer pour agrandir.)

Les plans (extérieurs vitre droite de la cabine, intérieurs avec chauffeur puis passagère avec son bébé, travellings de face ou latéraux) sont sensiblement toujours les mêmes, tandis que se déroule le ruban de la route, de jour et puis de nuit, avant de pénétrer enfin dans Buenos-Aires.

L’acteur impose sa présence, la femme joue finement, l’enfant est subtil. Le silence règne malgré les trépidations du moteur, les sentiments se diffusent ou infusent au cours du trajet.

Le paradoxe de ce film tient dans sa lenteur véhiculée par le gros camion (un beau Scannia) chargé de troncs d’arbres, les acacias coupés au départ. Mais cette apparente immobilité bouge en même temps que les paysages et les intermittences du cœur.

Le voyage dure moins longtemps qu’en réalité (filmique), la rencontre est inscrite à l’image avec une jolie promesse et un mince filet de regret, on s’est laissés embarquer, finalement.

(Cuarteto Cedrón, Sobre la poesia y el combate)

Mais, hier soir, le président de la République, omniprésent à la télévision et dans nos cœurs, a rassuré son public : comme « il a un rendez-vous avec les Français, il ne se dérobera pas » devant leur attente fébrile, impatiente et amoureuse.

Un autre genre de camion passait justement jeudi dernier place de la République : avant les chars de l’armée rouge à Paris, les hordes communistes venaient-elles déjà repérer les lieux dans l’attente de la prochaine élection ?

(Photo : Paris, place de la République, le 26 janvier. Cliquer pour agrandir.)

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