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(Photo prise hier à Paris. Cliquer pour imaginer.)

« Laissons maintenant de côté tout ce qui anticipe sur ce que ce rêve pourra nous apprendre de plus lointain et revenons-en à une interprétation immédiate. Je ferai observer que cette interprétation posa un problème dont la solution demanda plusieurs années. Le patient m’avait, de bonne heure dans son analyse, rapporté ce rêve, et n’avait pas tardé à partager ma conviction que les causes de sa névrose infantile se dissimulaient derrière celui-ci. Au cours du traitement, nous revînmes souvent à ce rêve, mais ce ne fut que dans les derniers mois du traitement que nous réussîmes à le comprendre pleinement et ceci grâce au travail spontané du patient. Il avait toujours souligné que deux facteurs dans ce rêve avaient fait sur lui la plus grande impression : en premier lieu, la parfaite tranquillité, l’immobilité des loups et, en second lieu, l’attention tendue avec laquelle ils le fixaient tous. Le sentiment durable de réalité que le rêve avait laissé après soi lui semblait encore digne d’être noté.
Nous prendrons cette dernière remarque pour point de départ. L’interprétation des rêves nous a déjà appris que ce sentiment de réalité comporte une signification déterminée. Il équivaut à l’assurance que quelque chose dans le matériel latent du rêve prétend dans la mémoire du rêveur être réel, c’est-à-dire que le rêve se rapporte à un événement réellement arrivé et non pas simplement imaginé. Il ne peut naturellement s’agir que de la réalité de quelque chose d’inconnu ; la conviction, par exemple, que le grand-père a vraiment raconté l’histoire du tailleur et du loup, ou bien que les contes du Petit Chaperon rouge et des Sept chevreaux ont vraiment été lus à l’enfant, n’aurait jamais pu être remplacée par ce sentiment durable de réalité ayant survécu dans le rêve. Le rêve semblait faire allusion à un événement dont la réalité soulignée se trouvait  ainsi être en opposition complète avec l’irréalité des contes de fées. »

Sigmund Freud, Cinq Psychanalyses, Extrait de l’histoire d’une névrose infantile. L’homme aux loups (PUF, 1967, page 346).

(Photo prise hier à Paris. Cliquer pour interpréter.)

(Gustav Mahler, Symphonie N°1 in D minor)

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