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« J’ai commis des erreurs, mais qui n’en fait pas, hein ? Peut-être que la plus grande, c’était de me représenter ? Et, au fond, est-ce que j’ai l’air d’un représentant ? Mon concurrent me nomme sans cesse, dans ses meetings désertiques, « le candidat sortant », ça lui évite de prononcer mon nom (comme dans le film d’Yves Boisset, Le Juge Fayard, où le mot SAC avait dû être masqué par un bip). Maintenant, je pense que je serai bientôt devenu dans sa bouche « le candidat sorti ».

Hier soir, mais chut, hein ?, je me suis entraîné à fêter ma défaite, j’ai été très discret, cette fois on ne pourra rien me reprocher. J’avais d’abord dit à Pujadas, dans son émission sur France 2, qu’en cas de victoire je la partagerais avec ma famille et quelques amis : mais là, je préfère m’exercer à digérer le résultat d’abord tout seul. J’avais emporté mon micro-ordinateur dans cette chambre d’hôtel parisien mais bien français, au confort spartiate (c’est une marque de chaussures, je crois), et je me suis repassé en boucle les cinq « mea culpa » que lemonde.fr a gentiment extrait de cette longue soirée.

Les autres, le soir du 6 mai, les soi-disant « socialistes », ils seront déjà en train de danser la Carmagnole à la Bastille, et Hollande mettra la dernière main à son programme d’épuration, ça doit lui plaire de devenir une sorte de petit chef d’un nouveau CNR – il faudra juste lui trouver l’équivalent d’un Jean Paulhan, dommage que Jean Dutourd ne soit plus parmi nous.

Le 23 mars sur Arte, je ne dois pourtant pas oublier de regarder La Mer à l’aube (comme celle de mon affiche de campagne), le film sur Guy Môquet, une grande figure de mon quinquennat que j’ai été le premier à célébrer dignement (j’espère qu’on lit encore sa lettre en classe, il faudra que je pose la question à Luc Chatel) ; décidément, la Résistance résiste toujours au temps, c’est fatigant.

Certes, il me reste encore quelques meetings à me farcir (pour Villepinte, mes conseillers tablent sur 50 000 personnes !), des émissions de télé auxquelles je devrai participer, mais, à vrai dire, je n’ai plus « la niaque », ça se voit tant que ça, hein ? Tout mon entourage semble d’ailleurs me lâcher, et les confidences, par exemple hier dans Le Canard enchaîné, de certains ministres (mon collaborateur le plus proche aurait dit « Ça devient compliqué de chez compliqué pour que Sarko gagne ! ») sont destinées à m’enfoncer un peu plus.

Si l’âge est un naufrage, le pouvoir est un navire de chez Costa Croisières. J’avais bien fait de choisir en priorité le yacht de Bolloré, au moins il flotte et ne coule pas. Peut-être que, dès le 7 mai, ce fier entrepreneur me proposera une petite virée en Grèce (après le pire, Le Pirée), il s’est toujours montré un ami fidèle.

Finalement, cette soirée m’aura fait du bien : j’étais seul, sans Guaino, Guéant, Fillon ou Juppé. Quant à Carla, elle a passé la soirée dans son bel appartement, elle pouvait s’occuper tranquillement de sa fille.

Soudain redevenu célibataire, enfermé dans cet hôtel près de la gare de l’Est, je suis descendu alors, après l’agitation médiatique, me taper une énorme choucroute (avec du jarret de porc), il paraît que c’est la spécialité du quartier, en attendant de reprendre mon job tout à l’heure.

Heureusement la fin approche, hein ? »

(Photo : Paris, le 5 février, près de la gare de l’Est. Cliquer pour ouvrir plus largement.)

(Michel Fugain, La Bête immonde)

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