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Ils ont sûrement été peints dans la nuit, pas celle-ci forcément, une autre sans doute. De jour, c’est délicat, avec tous ces flics à pied, en vélo, en voiture. Dégradation de matériel public, ça peut mener loin.

Alors que le soir, quand tout le monde est encore au restaurant, un coup de badigeon, et voilà, le décor urbain a changé. Le blanc, c’est pour les aveugles ? Mais de qui se moque-t-on ? Là, on choisit sa couleur et ces poteaux d’angles ou de courbes prennent soudain, au gré de l’inspiration, une autre dimension.

En bleu, c’est la mer ou le ciel, ou la mer vue du ciel (depuis une capsule spatiale), c’est un œil aussi monté en haut d’une tige comme un périscope pour mieux voir alentour ce qui va (se) passer.

En jaune, ce serait – si toute une rue en était couverte – comme un champ de tournesols, et Van Gogh deviendrait alors un peintre purement urbain.

En vert, on rappellerait l’écologie, si jolie, les pâturages, les éoliennes, les voitures électriques (Autolib’ ad libitum), et le nucléaire comme un dernier cauchemar.

En rouge, le drapeau serait dressé fièrement, pas uniquement réservé aux sens interdits, comme une sphère qui diffuse toujours l’idée irrévérencieuse.

En marron, le retour à la terre, qui ment parfois, l’agriculture, le soc des charrues et les bœufs infatigables dans les sillons, le blé en herbe d’abord puis doré (comme dans les tableaux impressionnistes des musées).

Pourtant, ces petits pylones seraient bientôt décapés et repeints comme à l’origine car ils ne correspondaient pas aux normes édictées dans un cahier des charges dûment établi par la Mairie de Paris, et soumis à l’entreprise choisie après un appel d’offres sans concessions.

Mais peu importait : il suffisait pour le moment de se glisser entre ces barres verticales, qui scandaient le déroulé des rues (leur but était de protéger les piétons des voitures et vice-versa), de caresser leurs rotondités au passage, d’admirer leurs reflets bleutés, mordorés ou laiteux, et ensuite d’oublier la scansion du parcours.

L’interprétation éventuelle du psychanalyste relevait, en la circonstance, d’une première année d’études.

(Photo prise le 16 mars à Paris, rue des Vinaigriers, 10e. Cliquer pour agrandir.)

(The Dave Brubeck Quartet, Unsquare Dance)

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