Tags

, , , , , , , , ,

Vous avez laissé votre marque sur les vitres. Vous avez pris un couteau, un cutter, un poinçon, et vous avez attaqué l’espace (ou l’écran) transparent, peut-être sans méchanceté, simplement pour laisser une trace, une signature, un tag.

Ou vous avez souhaité modifier le paysage que l’on pouvait découvrir depuis le bus, vous avez installé une sorte de filtre, de passoire, introduisant alors une distance par rapport à la réalité, obligeant le passager à « faire le point » au-delà des zébrures et des lacérations qui blessent le verre lui-même.

Vous ne vous êtes pas posé la question de savoir si vous touchiez à un bien public et si vous alliez peut-être gêner la vision des passagers – mais regardent-ils tous en permanence vers l’extérieur du véhicule, et puis un jour vous serez peut-être tenté par autre chose ?

Je me suis demandé si les bus, un de ces quatre, comme les murs, ne devraient pas ressembler à des ardoises ambulantes, leurs fenêtres remplacées par des surfaces opaques avec bâtons de craie disponibles. Certes on verrait moins le paysage urbain et vous seriez presque obligé de dessiner sans transgresser.

Parfois, je remarque le mot « Securit » inscrit sur les pare-brises ou les glaces des voitures, cela dissuade sans doute l’idée d’inscrire ces arabesques qui seraient alors trop personnelles.

Vos tracés manifestent votre désir de vous exprimer ; si la vitre n’est pas devenue totalement aveugle, je repère ça comme un signe : il faudrait essayer de l’interpréter.

Je me demande enfin si, lorsque vous graviez, le chauffeur vous surveillait dans son large rétroviseur, si cela crissait sur le carreau (à en donner la chair de poule), et si vous le faisiez de jour ou plutôt de nuit.

(Photos prises hier entre Antony et Massy-Palaiseau, Essonne. Cliquer pour agrandir.)


(Sun Ra, Atlantis)

About these ads