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Le tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste complète des participants est établie grâce à Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir sur Le Tourne-à-gauche Hélène Verdier, tandis qu’elle me reçoit sur son blog Loin de la route sûre

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Dans son lit, tout à la fois nid et maison, l’homme-poussin somnole, médite peut-être, la tête appuyée sur sa main dans un geste enfantin, rassurée par sa propre odeur, et calée sur un traversin. Un cocon. La nuit est trop froide pour dormir, la nuit est noire, la nuit est dangereuse. Le clapotis de l’eau verte berce ses rêves diurnes, rêves d’ailleurs, rêves d’enfance, de jeux de coquilles de noix voguant sur une cuvette d’eau, de bateaux miniature dans le bassin des Tuileries, de moulin de bois construit avec son père sur un ruisseau ?

Errance suspendue l’espace d’un moment, la feuille de platane jaunie annonce la fin de l’été, soir ou matin dit la lumière, dans le cycle renouvelé du jour et de la nuit. Blotti contre le paravent du panneau de signalisation fluviale, protégé par la barrière de métal encapuchonnée d’un chiffon rouge, nul ne sait si l’homme-enfant est en deçà ou en delà du passage défendu au promeneur.

L’homme, dont on sait seulement qu’il est brun et qu’il est jeune, porte l’image de l’enfant abandonné sur le Nil, Moïse sur les roseaux devenus pavés des bords de Seine, enfant sauvé des eaux, incarnation du destin.

Il revient aussi en mémoire le souvenir d’un tableau du musée de Rouen – qui fascinait Simone de Beauvoir – Les Énervés de Jumièges, peint par Évariste Vital Luminais, frères martyrs couchés sur un lit flottant au fil du courant sur la Seine. Au moins étaient-ils deux, aux moins étaient-il frères.

Mais tout cela n’est que projection sur une image, forte, comme un zoom vu du dessus, effet miroir qui nous renvoie notre propre portrait, comme les arbres qui se reflètent dans l’eau et qui n’en savent rien.

(Cliquer sur l’image pour l’agrandir.)

Texte : Hélène Verdier

Photo : Dominique Hasselmann

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