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Il n’est peut-être pas inutile de relire ces jours-ci (seulement quatorze pages dans l’édition Allia, février 2010) le percutant Essai sur l’art de ramper, à l’usage des courtisans, extrait des Facéties philosophiques tirées des manuscrits de feu M. le baron d’Holbach, parues dans le cinquième tome de la Correspondance littéraire, philosophique et critique, adressée à un souverain d’Allemagne, par le baron de Grimm et par Denis Diderot, à la date de décembre 1790, Paris, F. Buisson (!), 1813.

Car si Nicolas Sarkozy s’apprête à prendre désormais ses cliques et ses claques, en redevenant peut-être avocat d’affaires après le 15 mai, le pouvoir peut toujours corrompre, et, paraît-il, absolument – même si l’on n’en croit rien lorsque François Hollande (n’en déplaise à Maryse Joissains-Masini, la maire UMP d’Aix-en-Provence) l’aura reçu officiellement, après que la volonté du suffrage universel s’est exprimée le 6 mai dernier.

« En effet, tous ceux qui ont le pouvoir en main prennent communément en fort mauvaise part que l’on sente les piqûres qu’ils ont la bonté de faire ou que l’on s’avise de s’en plaindre. Le courtisan devant son maître doit imiter ce jeune Spartiate que l’on fouettait pour avoir volé un renard ; quoique durant l’opération l’animal caché sous son manteau lui déchirât le ventre, la douleur ne put lui arracher le moindre cri. Quel art, quel empire sur soi-même ne suppose pas cette dissimulation profonde qui forme le premier caractère du vrai courtisan ! Il faut que sans cesse sous les dehors de l’amitié il sache endormir ses rivaux, montrer un visage ouvert, affectueux, à ceux qu’il déteste le plus, embrasser avec tendresse l’ennemi qu’il voudrait étouffer ; il faut enfin que les mensonges les plus impudents ne produisent aucune altération sur son visage.

Le grand art du courtisan, l’objet essentiel de son étude, est de se mettre au fait des passions et des vices de son maître, afin d’être à portée de le saisir par son faible : il est pour lors assuré d’avoir la clé de son cœur.  Aime-t-il les femmes ? il faut lui en procurer. Est-il dévot ? il faut le devenir ou se faire hypocrite. Est-il ombrageux ? il faut lui donner des soupçons contre tous ceux qui l’entourent. Est-il paresseux ? il ne faut jamais lui parler d’affaires ; en un mot, il faut le servir à sa mode et surtout le flatter continuellement. Si c’est un sot, on ne risque rien à lui prodiguer les flatteries même s’il est le plus loin de les mériter ; mais si par hasard il avait de l’esprit et du bon sens, ce qui est assez rarement à craindre, il y aurait quelques ménagements à prendre. »

(Pages 18 et 19 de l’opus cité. Scan : cliquer pour agrandir.)

(Mozart, La Flûte enchantée)

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