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Le ciel n’en faisait qu’à sa tête, hier matin : soleil flamboyant et ballets des stries laissées par les avions. Le boulevard périphérique parisien était encombré, et il se présente toujours un moment où il faut, dans le rétrécissement de la voie, céder ou forcer le passage pour y accéder.

Une fois intégré dans le flux, il suffit ensuite de slalomer pour éviter justement ceux qui tentent d’entrer dans la ronde, par la droite, limitée pour le moment à 80 km/h.

J’ai alors aperçu ce camion et j’ai repensé à la fameuse phrase de Boileau : « Enfin Malherbe vint », comme si la couverture du Nouvel Obs (pour une fois non consacrée à l’immobilier en IDF ou au palmarès des hôpitaux) se voulait aussi une allusion lointaine et littéraire à cet écrivain (un François de plus) et pas seulement à l’événement historique qui s’était produit le dimanche 6 mai.

Tout à coup et tout à trac, dans l’ascension lente de cette bretelle – l’érotisme routier demande une certaine patience – je me posai la question : poésie et politique, comment les relier et les faire s’embrasser ?

L’interpénétration des domaines serait l’idéal : la philosophie qui marie l’esthétique à son déroulement, comme chez Søeren Kierkegaard, par exemple, pouvait représenter ce type d’ouverture, ce débouché, cette échappée belle.

Le véhicule de la réflexion, appuyé sur le hasard saisi à l’instant non pas « fatidique » mais fantastique, s’enclenchait soudain : l’image physique devenait mentale, les constructions mirobolantes empruntaient des miroirs métalliques (les flancs de certains poids lourds) et la circulation devenait plus fluide, les « associations » se rencontraient naturellement et logiquement.

Osons ce détournement : « Ce n’est pas une photo juste, c’est juste une photo » (incontournable Jean-Luc Godard), histoire de divaguer un moment pour quelques lecteurs amis, et de s’évader d’une pensée purement périphérique.

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(Dexter Gordon, Tivoli)

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