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Cela fait déjà presque des plombes qu’on l’attend, mais on a l’habitude. Les bus existent en partie pour cela : le dur désir du bus augmente avec le temps qui passe. Son absence tourne avec les aiguilles ou l’affichage numérique des montres Casio. Il est comme une sorte de chronomètre monté sur ses grosses roues. Au lieu d’afficher en lettres lumineuses jaunes sa destination, il devrait mentionner : « Je n’ai que 18 minutes de retard » en haut de son pare-brise. Mais pendant cette attente, on peut regarder son téléphone, rêver, se demander ce que les autres fabriquent, même si ce n’est pas très compréhensible concernant celui qui est au bout de l’alignement. C’est quand même chouette que les rares endroits où l’on puisse maintenant s’asseoir en ville à plusieurs (et non, comme dans le métro, sur des sièges individuels, en plastique orange, anti-SDF allongés), ce soient les arrêts de bus. Celui de la porte de la Chapelle ressemble à une sorte d’offertoire, certes ouvert à tous vents, mais ça rafraîchit les idées, un confessionnal laïque où le prêtre est, heureusement, lui aussi absent. On stationne entre nous, comme des moineaux sur un fil, et il faudra bientôt se lever – dans un quart d’heure supplémentaire ? – et abandonner ce refuge temporaire de convivialité longitudinale, ce rassemblement au garde-à-vous pas debout, cette réunion programmée et impromptue. Et puis, le nom Redskins sur un tee-shirt bleu (image fugitive de Taxi Driver). On se regarde en coin : on peut donc même faire son cinéma tout seul.

(Photo : hier, 16h.30. Cliquer pour agrandir.)

(Dexter Gordon, Blue Bossa)

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