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Sur le chemin de broussailles en pierre

nous ruons dans les brancards

puisque nous sommes des chevaux dégourdis

nos naseaux fument et aspirent l’oxygène bleui

le matin est encore rouge et vaporeux

au loin la ville délivrée s’enivre

s’étire s’ébroue s’éclabousse

sur le pavé on relèvera des bruits de cavalcades

en mesure à quatre temps

et du crottin bien moulé

cailloux noirs du petit Poucet

charbon non pétrifié à l’odeur presque humaine

un cuir luisant nous habille et nous protège

on dit que nous portons des œillères

et parfois prenons le mors aux dents

nos cavaliers savent notre désir de galop

dans la direction ordonnée

la cravache est parfois une récompense

ou une faute à moitié pardonnée

notre bataillon cingle à tous vents

qu’il s’agisse des artères ou des voies étroites

des passages privés ou des impasses signalées

sans fantassins de l’habitude

sans mousquetaires du carré

sans sectaires de l’hypoténuse

sans abbés de l’hyponyme

rien ne saurait empêcher notre saut

comme par-dessus la rivière d’un champ de course

l’eau nous rafraîchit les sabots

les fontaines Wallace se renversent facilement

leurs hétaïres apparaissent peu vêtues

la source nous provoque

la course enfle se gonfle et rugit

poussez-vous manants aux manoirs qui offusquent

et charlatans dorés sur tranches d’impôts

dégagez la route et l’avenue

la bourrasque a pris sa marche

nous serons fourbus après que vous soyez étendus

écartelés par nos jarrets musculeux

visés par nos yeux fixes

et notre singulière mémoire de fièvre

(Photo : trottoir à Paris le 14 juin. Cliquer pour agrandir.)

(Charlie Parker, Confirmation)

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