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« Le pauvre examine le manteau de saint Martin et dit : « Pas de poches ? »

Max Jacob, Le Cornet à dés (préface de Michel Leiris), Poésie/Gallimard, 2003, page 251.

(6 novembre, Paris, boulevard de Magenta, 10e, 16h.52. Cliquer pour agrandir les photos)

(8 novembre, Paris, rue de Lancry, 10e, 12h.42. Cliquer pour agrandir les photos.)

L’improvisation serait improvisitation : les images ou les phrases s’enchaîneraient les unes aux autres, tout découlerait de la marche précédente – une sorte de cascade de dominos – et le tourbillon ne s’arrêterait que parce qu’éloigné de plus en plus dans le temps, estompé dans sa chute ou sa disparition renouvelée, la surprise échelonnée des photos ou des mots ne tiendrait que dans leur pose instantanée puis effacée au fur et à mesure, l’évocation vue, entrevue, rêvée peut-être ?, tiendrait du mirage (misérable mirage), du sable égrené depuis la main qui ne peut le retenir, de la plage qui s’étend et demeure malgré son ennemie aquatique aimée, du ciel où les nuages dansent à se toucher, filent dans une course infinie vers une destination qui ne figure sur nul panneau indicateur, se dissolvent et réapparaissent, se modifient sans avoir de cesse de trouver une forme nouvelle et capricieuse, sculptent eux-mêmes leur avenir exposé aux yeux de tous (ce musée est toujours ouvert), les images ou les phrases se démultiplieraient comme des origamis – à la manière d’un tsunami pacifique – elles finiraient par créer une musique silencieuse, création sonore inouïe, seulement imaginable pour qui ferait l’effort lui-même, andante langoureux de l’orchestre invisible et de son chef dissimulé pourquoi pas dans le public applaudissant à la fin, cohorte en marche inexorable vers l’informulé mais visible, le non-dit mais évident, la gomme sans le crayon, la page sans le clavier, la rue sans les chapeaux.

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