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Boris_DH(Paris, 13 février, bd Beaumarchais, 4e. Agrandir à la clé.)

« Dans les cas où, en racontant le rêve, on a tendance à employer l’expression : « ou bien ou bien » : « c’était un jardin ou bien une chambre », cela ne signifie point que la pensée du rêve présentait une alternative ; il  y a eu là un « et », une simple succession. Le « ou bien ou bien » nous sert le plus souvent à exprimer l’aspect confus d’un élément du rêve, confusion qui peut encore être éclaircie. La règle de l’interprétation en pareil cas doit être la suivante : mettre sur le même plan les deux membres de l’apparente alternative et les unir par la conjonction « et ». Par exemple, le rêve, après avoir longtemps cherché en vain l’adresse d’un de mes amis qui habite en Italie, que je reçois un télégramme portant cette adresse. Je la vois, en caractères bleus, sur le papier ordinairement employé. Le premier mot est indistinct,

peut-être via

ou bien villa, le second est clair : sezerno

ou aussi (casa)

Le second mot, qui a bien une consonance italienne et qui, de plus, rappelle nos conversations au sujet d’étymologies, exprime mon déplaisir parce qu’il m’a si longtemps caché son séjour là-bas.  A l’analyse, chacun des mots proposés comme premier apparaît comme le point de départ indépendant et plausible d’une association d’idées.
La nuit qui précéda l’enterrement de mon père je vis en rêve un placard imprimé, une sorte d’affiche, quelque chose comme le « Défense de fumer » des salles d’attente des gares. On y lisait :

On est prié de fermer les yeux

ou

On est prié de fermer un œil,

ce que j’ai l’habitude d’écrire ainsi :

                                les yeux

On est prié de fermer ———— .

                              un œil

Chacune de ces formules a son sens particulier et dirige l’interprétation de manière différente. J’avais choisi le cérémonial le plus simple, sachant ce que mon père pensait de ces sortes de choses ; certains membres de la famille m’avaient désapprouvé, objectant le qu’en-dira-t-on. D’où l’expression allemande « fermer un œil » (user d’indulgence). Il est facile ici de comprendre la confusion exprimée par le « ou bien ». Le travail du rêve n’a pu parvenir à trouver un mot unique, mais ambigu, qui représentât les deux pensées ; ainsi, dans son contenu même, les deux idées principales étaient déjà séparées (1). »

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[N. d. T.] : la dualité n’apparaît pas en français où l’on dit « fermer les yeux » dans le sens de « être indulgent ».

Sigmund Freud, ibid « post » ante (pages 273-274).

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