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J’ai lu L’Infini d’Isabelle Pariente-Butterlin au fur et à mesure qu’il se déroulait sur son site et quand il est devenu un livre chez publie.net à la fin de l’année dernière, je pouvais enfin l’avoir à portée de main (osons la formule) et reprendre alors en une seule fois le chemin d’ouvertures, d’échappées, de lignes de fuite, de voyages avec Ulysse ou en TGV pour Ithaque, de sensations, d’approches, de détours, de dérives, d’aiguillages, de bifurcations, d’aimantations, de propositions (au sens philosophique du terme), d’aperçus, d’interrogations, de descriptions, d’hésitations, de décisions, de déambulations (sur un rythme péripatéticien), de ville et de métro, de gares et de quais, d’envolées et de survols, de panoramas et de coquillages, de mer et de vagues, d’enfance et de plages, de vent et d’embruns, de sel et d’eau, de travail et de sommeil, de contingence et de contiguïté, de ressac et de légèreté…

L’infini ne saurait évidemment être capturé – même si l’on sait le repérer sur un objectif d’appareil photographique – entre les pages d’un livre : d’ailleurs il perdrait immédiatement sa qualité intrinsèque. On peut simplement, ou de manière plus complexe, par des allers et retours, des flux et reflux, des valses lentes ou rapides, des diastoles/systoles, des scansions fortes ou calmes, des caresses douces ou violentes, des pulsations ou des répétitions, apprivoiser ce qui serait comme sa trace insaisissable, sa silhouette immensément grande ou petite, son parfum jamais embouteillé, sa couleur invisible ou non reproductible, sa musique inouïe, le clinamen de sa chute vers le haut.

IPB(photo Louise Imagine)

Isabelle Pariente-Butterlin donne ainsi de l’infini ses propres équivalences, ses décalcomanies, ses copiés-collés, ses fac-similés qui n’ont pas pour objet de le représenter (abstraction faite de sa concrétion possible) mais de le laisser entrevoir dans sa contradiction même : celle d’une existence non mesurable, sans début ni fin, sans limites ou même identifiée aux bords des mondes, vive et audacieuse dans son défi jamais relevé ou quadrillé.

« Le mot infini se note communément avec le symbole ∞.
C’est donc ainsi qu’il est écrit en ces pages. »

Nous en avons été avertis d’emblée (mais avions-nous oublié le symbole ?) : il sera, de cette façon, posé un signe qui, à lui seul – mais serti au centre du style qui le met en valeur dans un forcément petit nombre de ses manifestations étranges – représentera l’inaccessible pourtant épinglé ici, avec délicatesse, comme un papillon étourdi sur la page ouverte ou l’écran allumé.

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