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Rue de la Sous-France, 19.6.13_DH(Paris, 19 juin, passerelle enjambant le canal Saint-Martin, 10e. Cliquer pour agrandir.)

Qu’il repose en révolte

Dans le noir, dans le soir sera sa mémoire
dans ce qui souffre, dans ce qui suinte
dans ce qui cherche et ne trouve pas
dans le chaland de débarquement qui crève sur la grève
dans le départ sifflant de la balle traceuse
dans l’île de soufre sera sa mémoire.

Dans celui qui a sa fièvre en soi, à qui n’importent les murs
dans celui qui s’élance et n’a de tête que contre les murs
dans le larron non repentant
dans le faible à jamais récalcitrant
dans le porche éventré sera sa mémoire.

Dans la route qui obsède
dans le cœur qui cherche sa plage
dans l’amant que son corps fuit
dans le voyageur que l’espace ronge.

Dans le tunnel
dans le tourment tournant sur lui-même
dans celui qui ose froisser les cimetières.

Dans l’orbite enflammée des astres qui se heurtent en éclatant
dans le vaisseau fantôme, dans la fiancée flétrie
dans la chanson crépusculaire sera sa mémoire.

Dans la présence de la mer
dans la distance du juge
dans la cécité
dans la tasse à poison.

Dans le capitaine des sept mers
dans l’âme de celui qui lave la dague
dans l’orgue en roseau qui pleure pour tout un peuple
dans le jour du crachat sur l’offrande.
Dans le fruit d’hiver
dans le poumon des batailles qui reprennent
dans le fou dans la chaloupe.

Dans les bras tordus de désirs à jamais inassouvis
sera sa mémoire.

Henri Michaux, Apparitions, « Qu’il repose en révolte », (Poètes d’aujourd’hui N°5, par René Bertelé, Pierre Seghers éditeur, 1965, pages 203-204).

Michaud refuse_DH(Coupure de presse – Le Monde, vraisemblablement – retrouvée dans l’ouvrage cité. Cliquer pour mieux lire.)

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