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Jimmy1_DJJimmy2_DHJimmy3_DHLe magasin qui vend des « raccords » se trouve logiquement sur la route qui mène au cinéma MK2 quai de Loire, à Paris (19e). On peut y aller à pied, en vélo, en métro, en auto ou en bateau.

Le film Jymmy P. (« Psychothérapie d’un Indien des Plaines ») possède une sorte de pouvoir d’attraction spécial : il ressemble à une production américaine tout en ayant réussi à garder une « patte » française et artistique spécifique qui est celle d’Arnaud Desplechin.

L’histoire est racontée ici, nous n’y revenons pas en détails.

Ce qui frappe et séduit dans ce film, c’est le lien qui s’établit entre le « malade » (Benicio del Toro, magnifique comme toujours) et le psychanalyste (Mathieu Amalric, survolté et impliqué), entre le symptôme et la thérapie, entre l’expression hasardeuse et l’écoute attentive.

Les deux personnages principaux jouent au chat et la souris : l’un cherche à sortir du labyrinthe des souvenirs traumatiques qu’il a vécus durant la seconde guerre mondiale, l’autre à trouver la clé qui permettra de déboucher sur la résolution de ce conflit interne.

La mise en scène, fluide et inventive d’Arnaud Desplechin, peut-être un peintre sous-estimé (des plans somptueux et courts, comme l’arpent fleuri et délimité qui reste à moissonner dans la plaine immense, image de ce qu’il faudra éradiquer à la fin) embarque le spectateur dans une croisière psychologique où la « résistance » – au sens freudien du terme : comme la barbe et la moustache postiche dont s’affuble un instant le docteur Georges Devereux – est à vaincre à force de retours en arrière, de rêves racontés et notés, d’une empathie partagée et, pour contrôle, d’une opération qui semble aujourd’hui d’un mécanisme barbare incroyable.

La « cure » entreprise est aussi celle du psychanalyste lui-même qui, aussi bien dans sa relation avec la jolie Madeleine (Gina McKee) que dans la « culpabilité » à laquelle il ne se sent pas lié (qu’il s’agisse du massacre des Indiens par les Américains que sans doute les conditions d’exécution de la Shoah) entreprend un « travail » sur lui-même dans le temps exact de l’ethnopsychiatrie dont il est la figure de pointe : on le reverra plus tard allongé sur un divan, comme prolongeant les séances qu’il a entretenues avec son patient, celui dont le patronyme d’origine signifie « Tout le monde parle de lui ».

Ce film apporte comme une suite aux Cinq psychanalyses de Freud (PUF, 1967) : il pourrait en être le sixième « cas » et Arnaud Desplechin aurait ainsi troqué le stylo autrichien contre la caméra US (une Panaflex, sans doute), faisant alors advenir, n’en déplaise au petit marquis médiatisé de la contestation intellectuelle, la force de la thérapie basée sur l’écoute de la parole douloureuse, dans la bande-son elle-même d’un film où les strates de la mémoire s’emboîtent avec les plans tirés, « au petit bonheur la chance », sur la comète mentale de chacun.

Jimmy4_DHJimmy5_DHJimmy6_DH(Photos agrandissables.)

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