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« L’idée que Lotaria lit mes livres de cette manière me pose des problèmes. Maintenant, chaque fois que j’écris un mot, je le vois aussitôt soumis à la centrifugeuse du cerveau électronique, rangé ensuite dans le classement par fréquence à côté d’autres mots – lesquels ? je n’en ai pas idée –, je me demande combien de fois je l’ai utilisé, je sens la responsabilité de l’écriture peser de tout son poids sur ces syllabes isolées, j’essaie de m’imaginer les conclusions qu’on pourra tirer du fait que j’ai utilisé ce mot-ci une fois ou cinquante. Peut-être vaudrait-il mieux l’effacer… Mais quel que soit le mot que je cherche à lui substituer, il ne me semble pas résister à l’épreuve… Peut-être qu’au lieu d’écrire un livre, je pourrais dresser des listes de mots par ordre alphabétique, une cascade de mots isolés où s’exprimerait la vérité que je ne connais pas encore, et à partir desquels l’ordinateur, en retournant son programme, obtiendrait un livre : mon livre. »

Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur, Éditions du Seuil 1981, traduit de l’italien par Danièle Sallenave et François Wahl (Points 1982, R 81, pages 200-201).

Italo1_DHOn voit encore passer la « vraie » Fiat 500 de temps en temps, elle semble minuscule, comme une mouche (la Vespa a d’autres avantages) au milieu des voitures modernes. Ici, à Paris, boulevard de Magenta (10e), une fille en descend rapidement pendant que le feu se maintient au rouge.

Plus loin, une autre promeneuse emprunte le passage piétons, quai de Valmy, le long du canal Saint-Martin, devant le café Chez Prune toujours très fréquenté.

Il faut, bien entendu, et surtout en ville, se hâter lentement.

Italo2_DH(Photos : cliquer pour ralentir.)

(Gato Barbieri, Europa)