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Renard1_DH« Baissant la tête, elle aperçut soudain le renard. Il levait les yeux sur elle. La mâchoire rentrée, il la fixait. Leurs regards se croisèrent, et il sut qui elle était. Elle fut ensorcelée – elle comprit qu’il la reconnaissait. Comme il plongeait ses yeux dans les siens, son âme défaillit. Il savait qui elle était et il ne se laissait pas intimider.
Elle fit un effort pour se ressaisir et le vit partir à petits bonds par-dessus des branchages, comme pour la narguer. Puis il jeta un regard derrière lui et détala en silence. Elle aperçut sa queue, aussi douce qu’une plume, elle aperçut l’éclat blanc de sa croupe. Il disparut, légèrement, comme un souffle d’air. »

D.H. Lawrence, Le Renard.

Il y a exactement dix jours, je me suis arrêté devant cette vitrine, que j’ai prise en photo, car elle m’a fait penser au livre que j’avais aimé (je ne le retrouve plus dans mes étagères) et dont je recopie plus haut une citation, captée par défaut sur Internet.

L’animal empaillé à côté du mannequin montrait que la fixation (la rigidité) était la même : d’un côté, une sorte d’embaumement – le métier d’ « empailleur » a-t-il toujours des servants dévoués ? – et de l’autre, le corps en matière synthétique revêtu des vêtements destinés à une femme vivante.

Chez D.H. Lawrence, le renard représente l’intrus qui bouleverse ou bouscule l’ordonnancement paisible des choses (penser à la formule célèbre, attribuée à Lacordaire, Marx ou Jaurès, sur « le renard libre dans le poulailler libre »…) et des êtres. Ici, derrière la vitre, l’animal cohabite tranquillement avec la fille-mannequin, qui exhibe les jambes et les cuisses anorexiques exigées par la mode.

Ce goupil va-t-il soudain se réveiller et mordre (ou pis) sa compagne ? Peut-être que, une fois la nuit abattue, des jeux étranges se déroulent à l’intérieur du magasin : seuls quelques passants attardés en auraient eu, dit-on, connaissance.

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(Paris, rue de Marseille, 10e, le 20 octobre. Cliquer pour renauder.)

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