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Sorti le 16 octobre, et visible à l’heure actuelle dans sept salles parisiennes, Omar est un très grand film, réalisé par le Palestinien Hany Abu-Assad, précédemment auteur de Paradise Now (2005).

Il faut espérer que cette œuvre, qui ne bénéficie pas des flonflons médiatiques des productions hollywoodiennes récentes, restera encore visible quelques semaines. Car il serait dommage que la force, l’émotion, la dynamique, la finesse, l’inventivité du scénario, la mise en scène et en actes cadrée au plus juste restent ignorées du public.

Rarement, un film qui marie avec un tel impact les dimensions politique, affective et philosophique n’aura embrasé la vision (pourtant, il n’est pas en 3 D) que peut connaître un spectateur européen ou français du conflit israélo-palestinien.

Comme l’explique clairement, dans une interview donnée à Rue89 le 15 octobre dernier, le cinéaste Hany Abu-Assad, Omar (le nom du héros principal de l’histoire) porte sur lui la culpabilité et la trahison à laquelle il est forcé de succomber par amour. Le choix « cornélien » ou « palestinien » est alors celui-ci : dénoncer celui qui a tué au fusil à lunette – et non avec une « mitrailleuse » ! – un soldat israélien, ce qui lui permettra de retrouver son pays et sa future femme, ou bien ne pas parler et croupir à jamais en prison.

Le concept de trahison est la cheville militaire du film : le chef des forces israéliennes sait jouer de toutes les cordes du chantage, de la menace, des coups et de la promesse faite auprès d’Omar (la liberté et la possibilité de  retrouver son amour en échange de la « collaboration ») tandis que la jeune fille qui l’attend voit s’instaurer en elle le doute accompagné d’une infidélité qui se manifeste par défaut.

Sans une seule seconde de répit ou de relâchement, le scénario développe le piège implacable, et la réalisation ouvre un espace de création remarquable : l’ascension renouvelée du mur (d’une hauteur impressionnante) qui sépare la Cisjordanie d’Israël est bien celle de l’obstacle général qui sépare les deux pays, avec deux conceptions historiques et géopolitiques qui ressemblent à une théorie de plaques verticales de béton fichées au cœur du Moyen-Orient.

Efficacité incroyable du montage, fluidité ébouriffante des poursuites dans les ruelles, plans « équilibristes » où Omar vient retrouver son amie là où elle étudie, séquences d’interrogatoires sanglants, discussions, entraînements puis dissensions dans le petit groupe des trois « terroristes », rencontres sentimentales timides avec échange de lettres, mise en mains du « deal » entre le futur « indic » et le chef des services de sécurité, tout est réalisé au millimètre près. La caméra est vraiment ici plus que l’œil d’un cinéaste : son esprit grand ouvert et à l’attaque.

Magnifiquement interprété par ses jeunes acteurs Adam Bakri et Leem Lubani, ainsi que par Waleed Zuaiter qui incarne la répression et la manipulation israéliennes, le film Omar devrait être plus largement projeté (au sens de « lancé »), et sur une longue durée, là où le racisme, les préjugés, le sentiment d’injustice ou de vengeance, et l’absence d’information et de conscience politique règnent : autrement dit, presque en tous lieux.

Trahir est sans doute mourir un peu (ou beaucoup) : la trahison est-elle alors la raison du plus fort ou du plus faible ?

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(Photos : cliquer pour agrandir.)

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